LIVRE XVI
geux médiateur. Au fond du Spielberg, Silvio Pellico amasse ces trésors de douleur et.de résignation chrétienne qui lui ont inspiré ses Prisons où la victime pardonne même au bourreau. En 1828, le faux bruit de la mort du martyr ravive toutes les blessures de l’Italie. Mais on ne répète qu’a voix basse ces strophes de deuil : « On attend encore le chant qui plut tant à l’Italie, et Silvio n’est plus. »
Ancor s’ aspetta il canto
Che piacque a Italia tanto,...
E Silvio non è più !
Plus sombre, Leopardi, traînant une vie maladive entre l’érudition et les infirmités, arrive à un désespoir plus réel et plus motivé que celui de Byron. Les plus douces joies de cette vie et les plus consolantes perspectives de l’autre, il en vient à tout repousser. « Ames chéries, » dit-il aux fils de cette Italie née pour surpasser les nations dans la bonne fortune et dans la mauvaise ; à tous ceux qui étaient mort sans bénéfice pour elle : « Ames chéries, bien que votre calamité soit infinie, apaisez-vous, et que cela vous serve de reconfort que vous n’en aurez aucun, ni dans cet âge, ni dans les suivants. Reposez au sein de votre affliction sans mesure, ô les vrais fils de celle dont le suprême malheur ne voit que le vôtre capable de l’égaler ! »
Insurrections de 18S1 et 183* ; le mémorandum des cinq puissances; l’édlt du cardinal Bernettl ; occupation d'Ancône.
La révolution française de 1830 surprit la péninsule dans cette léthargie. Quelques souverains nouveaux prenaient alors en mains les affaires. Ferdinand II à Naples, en succédant à son père le 10 décembre 1830, promit, soit crainte, soit parole de joyeux avènement, de guérir les blessures du pays. Après le court règne de Pie VIII, le conclave élut pour le remplacer Grégoire XVI (2 février 1831). C’était un savant religieux de l’ordre des Camaldules, un homme d’une piété sincère, mais un esprit faible, incertain, et tout à fait étranger et hostile à l’tsprit de son temps. Un
mois plus lard, à Charles-Félix succédait, en Sardaigne, le chef de la nouvelle branche de Savoie-Carignan, Charles- Albert, le même qui avait d’abord partagé puis abandonné la tentative d’indépendance faite en 1821.
Le contre-coup de la révolution de juillet se fit sentir surtout dans les États du souverain le plus hostile aux désirs secrets de l’Italie.
Les villes de Bologne, de la Romagne, de Modène, de Parme, pleines d’agitations depuis la nouvelle révolution, étaient en fréquentes communications. Un prince, le duc François de Modène, ami du chef du parti libéral, Ciro Ménotti, paraissait encore tremper dans le complot ; ce fut justement ce qui lui ôta tout ensemble au moment de l’explosion. Le comité bolonais, se défiant de Ménotti, refusa de se déclarer le même jour que lui, 3 février. Ménotti donna seul le signal, se vit trahi par le duc, entouré dans sa maison avec ses complices et fait prisonnier. Mais le lendemain, 4, la ville de Bologne répondit par un succès à ce premier échec : le prolégat fut obligé de s’enfuir. Un gouvernement provisoire, sous la présidence de Bevilacqua, déclara aboli le pouvoir pontifical dans la ville et la province de Bologne, et arbora les couleurs italiennes.
Le soulèvement se propagea alors comme une traînée de poudre dans tout le centre de l’Italie. Le duc de Modène, vainqueur le 3, fut obligé de s’enfuir le 5 de sa capitale, mais en emmenant avec lui l’infortuné Ménotti. Le 7, à Ferrare, les troupes papales furent refoulées dans la citadelle; le 10, l’agitation gagna Parme; le 13, la duchesse Marie-Louise fut obligée de partir pour Plaisance escortée de 500 soldats. A la fin de février, dans les légations, Pcsaro, Urbin, Fano, Fossombrone, Senigaglia, Osimo, s’étalent déclarés. Le 12 février, Rome, où l’on arrêtait par jour cinquante personnes, et Ancône, pourvue d’une forte garnison, paraissaient prêtes à prendre part au mouvement. Le colonel Sercognoni, envoyé par le gouvernement provisoire de Bologne, entraîna Ancône le 17. Grégoire XVI, dont l’avénement était si étrangement accueilli, envoya en vain à Bologne le cardinal Benvenuti ; celui-ci fut arrêté