‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 256 sur 338 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

et conduit prisonnier à Bologne. L’Ombrie imita alors la Romagne ; Pérouse, Spolète, Foligno, Terni, Narni, firent leur adhésion. Le 4 mars, les députés de toutes les villes soulevées, réunis à Bologne, proclamèrent le Statut constitutionnel provisoire des provinces-unies italiennes. Un gouvernement exécutif central pour le nouvel État fut constitué, avec l’avocat Vicini pour président, et Mamiani pour principal ministre.

Mais l’initiative bolonaise s’arrêta là. Le nouveau gouvernement français sorti de la révolution avait proclamé le principe de la non-intervention. Le ministère révolutionnaire ne pensa qu’à consolider son œuvre par la modération même et à profiter des bénéfices de ce principe. Les jeunes gens des villes, pleins d’impatience, voulaient commencer la guerre de propagande dans les États voisins ; les paysans mêmes offraient leurs bras. Le gouvernement de Bologne ne voulut point donner prétexte aux Autrichiens d’envahir des légations ; il arrêta la propagande, amortit l’élan des campagnes, contint les jeunes gens. Mais il fut trompé dans son attente.

Fidèle, peut-être à l’excès, à ses déclarations, le roi des Français Louis-Philippe fit disperser des rassemblements de réfugiés qui menaçaient la Savoie, et empêcha Pepe de s’embarquer à Marseille pour Naples. Le cabinet autrichien, moins scrupuleux, et agissant dans la péninsule comme chez lui, ordonna à Frimont de passer le Pô pour rétablir dans leurs capitales les souverains de Modène et de Parme.

Le gouvernement révolutionnaire italien, tiré enfin de son illusion, nomma alors Zucchi commandant en chef de toutes les forces des provinces-unies italiennes ; le général Armandi, ministre de la guerre, partit pour la Romagne. Mais il était trop tard. Le 20, les Autrichiens s’avancèrent en colonnes serrées par Modène et Ferrare sur Bologne ; le gouvernement abandonna la ville, qui n’offrait aucune défense, et remit son pouvoir à Zucchi, Ferretti et Tiberio Borgia. Le triumvirat, à la tête des troupes de ligne, qui, outre les volontaires, formaient à peine un corps do

4000 hommes, se retira pas à pas, avec le cardinal prisonnier Benvenuti, sur Ancône; à Rimini, l’arrière-garde soutint pour l’honneur du drapeau un brillant combat qui assura la retraite jusqu’à cette ville. Mais Ancône ne pouvait tenir non plus; le triumvirat capitula, le 26 mars, entre les mains du cardinal Benvenuti, en stipulant seulement la suspension delà marche des troupes autrichiennes et la garantie des personnes et des propriétés de tous ceux qui avaient pris part à la révolution, capitulation promptement violée ! Frimont s’avança rapidement jusqu’à Macerata; le bâtiment l’/so/a, qui portait à bord les fugitifs d’Ancône, fut capturé, et tous ceux qu’il contenait jetés dans les prisons de Venise. Enfin, la cour de Rome lança les sanfédistes, les paysans de la Sabine, contre les libéraux dispersés, déclara nulle la convention signée par le légat du pape, et menaça de mort et de confiscation près d’un million de citoyens.

Une révolution aussi modérée, aussi malheureuse, forçait au moins la sollicitude des cabinets éclairés de l’Europe. Sur l’initiative de la France, les ministres des cinq grandes puissances présentèrent au cardinal Bernetti un mémorandum où, d’un accord unanime, ils demandaient des réformes administratives et politiques de la plus absolue nécessité. Application générale à la capitale et aux légations des innovations administratives et judiciaires dont l’expérience avait confirmé la bonté dans les autres États ; admissibilité des laïques à toutes les fonctions de l’ordre administratif et judiciaire ; formation de municipalités électives dans les villes et communes, et de conseils provinciaux permanents pour l’administration des légations ; création d’un conseil d’État central, com-

Ï>osé des personnages les plus recommandables choisis par e pontife et chargé comme cour suprême de toutes les branches de l’administration civile et militaire , et de la surveillance de la dette publique : tels étaient les principaux points sur lesquels le mémorandum attirait l’attention du gouvernement pontifical. Le cardinal Bernetti annonça que les vœux des puissances seraient satisfaits; il

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