LIVRE XVI
parla de l’ère nouvelle que la sollicitude de Sa Sainteté allait préparer aux États romains.
Les troupes autrichiennes n’eurent pas plutôt quitté les légations que ces promesses furent violées. L’édit du 5 juillet détruisit toutes les espérances : il n’accordait point l’élection aux conseils provinciaux ; il réservait au gouverneur de la province de valider les délibérations de ces conseils ; il ne disait pas un mot de l’admissibilité des laïques aux fonctions publiques, ni de la création d’un conseil d’État, et il conservait tous les abus dans l’ordre judiciaire.
Des pétitions signées par des conseils municipaux et portées par de nombreuses députations vinrent à Rome apporter les plaintes réitérées des provinces. Le gouvernement pontifical y répondit en envoyant le cardinal Albani dans les légations à la tête des bandes sanfédistes. On tenta encore de résister : la présence de deux jeunes Bonaparte, dont l’un devait devenir plus tard empereur des Français, excitait les courages ; des rencontres sanglantes eurent lieu en janvier 1832 à Césène et à Forli, où les soldats du cardinal se conduisirent odieusement. Le cabinet autrichien en prit occasion de faire occuper de nouveau Bologne. Le gouvernement français, pour faire face aux circonstances et arrêter les réactions, riposta par l’occupation d’Ancône, mais sans grand résultat. Le saint-siège procéda avec rigueur contre les mécontents et ne revint pas sur l’édit du 5 juillet. La ville d’Ancône, qui adressa au légat une solennelle remontrance, fut excommuniée, et, plusieurs conseillers de la province de Bologne ayant donné leur démissien, un édit du 10 avril fit savoir qu’aucune démission ne serait acceptée, et que les délibérations des conseils seraient valables, quel que fût le nombre des conseillers présents. Enfin, le saint-siège licencia toute garde urbaine; et, confessant son impuissance et ses défiances, prit à sa solde une armée de 5000 Suisses. L’occupation d’Ancône ne fut qu’une impuissante protestation qui dura jusqu’en 1838.
Charles-Albert, Ferdinand IV, Léopold II, Grégoire ivi ; la Jeune Italie (titt-ltti).
La révolution de 1830 et l’insurrection de la Romagne n’eurent d’autre résultat que d’étendre encore le système d’oppression appliqué depuis 1815.
L’Autriche augmenta ses troupes dans la Lombardie; elle rendit plus sévères toutes les peines portées contre les délits politiques, et abolit, dans le code, une grande partie des dispositions libérales de Joseph II et de Marie-Thérèse. Le saint-siège et le duc de Modène organisèrent les sanfédistes en corps de volontaires, avec une solde assurée et des privilèges. Un régime de commissions militaires, tribunaux d’exception, où les mêmes hommes dénonçaien et jugeaient, où l’accusé acceptait 6on défenseur de la main de son juge, pesa sur toute la Romagne, particulièrement sur Bologne, Ferrare, Ancône et Fermo.
On prit contre la pensée même les précautions les plus minutieuses ; les universités de Turin et de Bologne furent fermées ; des professeurs, des médecins de l’université de Modène, se virent condamnés aux galères pour conversations avec des suspects. Dans le Lombard-Vénitien, les pièces les plus innocentes effrayaient, telles que l’Esther d ’Engaddi et la Gismonda de Silvio Pellico, rendu cependant à la liberté résigné et repenti.
L’Italie désormais ne put protester par la presse et par les conspirations qu’au dehors, et cette protestation de l’exil prit un caractère plus révolutionnaire qu’auparavant. Le libéralisme constitutionnel qui avait éclaté dans les conspirations de 1821 et de 1831 était vaincu, découragé. Un grand nombre de jeunes Italiens ou d’exilés étaient venus étudier en France. Us y puisèrent dans les rangs de l’opposition des principes républicains. Un jeune homme, fils d’un professeur de médecine à l’université de Gênes, Mazzini, fonda à Marseille, avec plusieurs réfugiés, en 1832, le journal et la société de la Jeune Italie; il se sépara du carbonarisme constitutionnel de la restauration, rompit