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LIVRE XVI

avec l’aristocratie, avec la royauté, avec la papauté, avec le passé, et vit, dans l’établissement d’une république unitaire, le moyen radical et unique de rendre à l’Italie la liberté et l’indépendance. Pendant deux ans, cette propagande mystérieusement répandue parles numéros du journal dans toute l’Italie, étendit, multiplia, exalta la conspiration nouvelle. En 1833, l’Italie parut d’un bout à l’autre sur un volcan. Trois complots furent découverts, l’un tramé entre autres à Naples par les fils du général Roussarol ; treize personnes furent fusillées à Palerme ; treize officiers ou bourgeois dans les États sardes ; le chevalier Ricci, garde d’honneur du duc de Modène, fut exécuté. Le Spielberg s’ouvrit pour de nouveaux suspects du Lombard-Vénitien. Excités par ces rigueurs, l’exilé Mazzini et le général polonais Ramorino, avec quelques réfugiés italiens et polonais, partirent de Gênes, en 1834, avec la résolution de soulever la Savoie et le Piémont. Arrivés à Annemasse, après des efforts incroyables, ils n’avaient réuni que huit cents hommes. Ramorino abandonna le premier ses compagnons avant d’avoir vu l’ennemi ; en une journée, Mazzini vit échouer les résultats d’une propagande de deux années, et, pour quelque temps, un silence complet succéda dans la péninsule à cette courte et stérile agitation.

Quelques gouvernements surent au moins en profiter pour conjurer de nouveaux orages par des réformes timides encore, mais qui réalisèrent çà et là quelques progrès.

Le roi Charles-Albert donna l’exemple. En 1836, il détruisit, dans l’île de Sardaigne, toute juridiction féodale, déchargea les paysans de la corvée pour l’exploitation et le transport du sel des salines royales, et établit des conseils généraux et municipaux à la nomination du roi, mais jouissant d’une certaine liberté. En 1837, un code fut publié pour toute la monarchie, qui reproduisit à peu près tous les principes du droit français. Cependant, une protection inefficace des cultes dissidents, une certaine exagération de la puissance paternelle, une grande sévérité contre les déserteurs, la consécration d’une partie des privilèges de la noblesse et du clergé, l’égalité civile lésée en plusieurs

points, l’amovibilité des juges, le secret de la procédure, laissèrent encore à désirer. Enfin, en l’année 1842, l’administration des provinces de terre ferme fut entièrement régularisée par une nouvelle division des intendances générales ou préfectures en trois classes: 1° Turin, Chambéry, Gênes ; 2° Alexandrie, Cuneo, Nice, Novare ; 3° Annecy, Casai, Ivrée, Saluces, Savone, Verceil.

Ces soins administratifs ne furent pas les seuls qui honorèrent le règne de Charles-Albert. Un pont, jeté sur le torrent des Usses, fit communiquer Annecy avec Genève ; Gènes fut fortifiée ; un bâtiment de guerre y mit à la voile pour faire le tour du monde ; une société d’agriculture, fondée sous les auspices de Charlés-Albert, s’occupa de propager l’enseignement agricole, de fonder des fermes modèles et de favoriser, par tous les moyens, les progrès de la culture dans les belles vallées de la Savoie et du Piémont. Ce qui est plus extraordinaire, Charles-Albert accomplit ces réformes, réalisa ces progrès, sans s'obérer*, avec un budget annuel de soixante-dix à quatre-vingts millions et des impôts dont la moyenne ne s’élevait pas, par individu, à plus de dix-sept francs par an.

Le grand-duc Léopold de Toscane et celui de Lucques avaient toujours montré un esprit assez libéral. Léopold II favorisa l’université de Pise, fonda une école d’agriculture, une ferme modèle, supprima le bagne de Pise, commença des chemins de fer de Florence à Pise, de Pise à Livourne, reprit l’œuvre séculaire du dessèchement des Maremmes, abolit même la peine de mort, et, malgré les plaintes de Grégoire XYI, ferma l’entrée de ses États aux jésuites. La Toscane, par les mœurs polies et pacifiques de ses habitants, autant que par la beauté de son climat, attira une foule d’étrangers. Le petit prince de Lucques alla jusqu’à établir une garde nationale dans ses États.

Habile à discerner ce qu’il pouvait permettre et ce qu’il devait concéder, le cabinet autrichien afficha la prétention de réaliser dans le Lombard-Vénitien les plus grands progrès compatibles avec-sa domination. En 1838, le jour où il vint se faire couronner solennellement roi du Lom-

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