LIVRE III
frondeurs sur les deux ailes. Les Germains, qui n’avaient pas de cavalerie, s’avancèrent en formant le coin, enfoncèrent le centre des Grecs, mais furent enveloppés de tous côtés par la cavalerie ennemie. Leur petite hache ou framée et leur redoutable angon leur furent de peu de secours contre les flèches et les pierres qui les frappaient de loin. Les Hérules de Narsès décidèrent la victoire en faisant une charge à fond dans cette masse en désordre. Les historiens grecs assurent que de toute cette invasion, cinq Germains à peino repassèrent les Alpes.
Narsès n’eut plus qu’à recueillir les fruits de ses victoires; il rentra triomphant dans Rome; l’Italie devint une province de l’empire d’Orient, et fut gouvernée par celui qui l’avait reconquise sous le titre d’exarque ou de patrice (554).
Vingt années de guerres, pendant lesquelles les Goths, les Grecs, les Francs et los Alamans, s’étaient disputé la péninsule avec acharnement, avaient mis l’Italie plus bas encore que ne l’avait trouvée Théodoric. La ville de Milan seule avait perdu 300 000 habitants, et dans le Picénum 50000 étaient morts de faim. Les Goths, qui s’étaient établis avec leurs richesses, leurs femmes et leurs enfants dans la péninsule, l’avaient d’abord repeuplée, puis traitée, conservée comme leur propriété. Les Grecs, venus seulement pour soumettre, avaient enlevé tout ce qu’ils pouvaient emporter de richesses, et, en détruisant les Goths, ne les avaient pas remplacés. Les généraux avaient donné l’exemple do la plus odieuse rapacité. Les barbares francs et alamans avaient fait pis encore.
Narsès, pendant quinze ans qu’il remplit les fonctions d’exarque, répara quelques-uns de ces maux. D’abord il mit l’Italio à couvert de toute tentative nouvelle et lui assura la paix. Le domaine de Théodoric, les possessions des Goths retournèrent au fisc, sauf quelques terres laissées à ceux qui avaient fait une prompte soumission. Les troupes astreintes à une discipline assez rigoureuse, les fortifications de Milan et celles de plusieurs autres villes relevées, rendirent quelque sécurité à la péninsule. Le nouveau
gouvernement fut presque entièrement militaire. L’exarque eut la principale autorité ; le préfet du prétoire lui fut soumis.
Narsès jouit d’une autorité presque sans contrôle pondant tout le règne de Justinien. Au dehors, sa réputation d’habileté, ses liaisons avec les barbares, le firent respecter des nations voisines, que la péninsule, malgré ses ruines, tentait encore. A la mort de Justinien (565) les difficultés commencèrent. L’impératrice Sophie, femme de Justin II, était l’ennemie particulière de l’exarque. Quelques mécontents déclarèrent qu’ils avaient été plus heureux dans la servitude des (roths que sous le despotisme de l’eunuque grec. Narsès fut disgracié, et un nouvel exarque, Longin, envoyé à sa place. On assure que l’impératrice ajouta à la lettre de destitution envoyée à Narsès une insulte qui arracha à celui-ci quelques menaces. Longin, en transférant sa résidence à Ravenne, et en annonçant dans l’administration civile et judiciaire quelques réformes assez mal vues, fit bientôt repentir les Romains. Le pape Jean III alla exprimer à Narsès, à Naples, les regrets des Italiens, et de là partit pour Constantinople afin de revendiquer les privilèges de Rome méconnus par Longin. Narsès eut la consolation de revenir loger au Capitole et d’y mourir ; mais avec le regret de laisser après lui un exarque incapable, les troupes mécontentes, et les Italiens divisés. Fâcheuses circonstances, au moment où la péninsule était menacée d’une invasion plus redoutable encore que celles qu’elle avait déjà subies et que l’empire byzantin était incapable d’arrêter.
LM Lombards et leur roi Alboln (S68-tIS],
Le peuple des Lombards ou des Langobards, qui se présentait en 568 aux défilés des Alpes orientales, n’avait point été adouci comme les Ostrogoths au contact de la civilisation romaine. Les barbares qui suivaient Alboin à la conquête et au pillage de l’Italie, n’étaient pas trèsdifférents de ceux que Paul Diacre nous dépeint sous la