LIVRE XVI
1065; l’importation représentait en général la somme de 92 000 000 de fr., et l’exportation 31 000 OOOdefr. seulement.
Un phénomène plus singulier était la diminution assez notable du mouvement commercial dans la ville de Gênes, seul port considérable d’un des États les mieux organisés. De 1827 à 1835 la recette de la douane avait diminué de 6 254 016 fr. 4 5 636 471 fr. En l’année 1819 le nombre des bâtiments sardes venant dans le port s’élevait à 6225, celui des bâtiments étrangers à 1117; en 1838 le nombre était réduit pour les premiers à 1826, et pour les seconds à 958 bâtiments.
Dans tous les pays, il était à remarquer que l’importation l’emportait de beaucoup sur l’exportation. Cependant l’Italie abonde en richesses végétales et minérales. Les éléments d’industrie ne manquent pas non plus à la péninsule; ils produisaient annuellement 12 000 000 de livres de soie brute. Dans le Lombard-Vénitien seulement, il y avait, vers 1840, trois cent vingt manufactures de soie, et plus de trois milles métiers à la Jacquart; dans la Toscane, plus de deux cents manufactures, dont une tenue par un certain Matteoni entretenait huit cents métiers; dans le royaume de Sardaigne, principalement à Gênes, on comptait cinq cent quatre-vingt-dix métiers.
Après les manufactures de soie, celles de laine, de coton, do papier, étaient les plus nombreuses et les plus impor tantes. Dans le Lombard-Vénitien, il y avait deux cent quatre-vingt-douze fabriques d’étoffes, de coton et de laine, cinq cent quarante-huit de draps; dans la Toscane, quatre-vingt-dix-sept fabriques de papier et cent douze d’étoffes de laine ; dans le royaume de Sardaigne, trois cent douze fabriques de coton, soixante-deux de laine. Dans le royaume de Naples le nombre des manufactures s’était augmenté depuis 1824, mais faiblement; parmi les autres industries on peut compter celle des pailles tressées en Toscane, des joyaux de corail à Naples et à Gênes.
Les Etats de l’Église étaient, sous le rapport de l'industrie, les plus arriérés. Trois cent quatre vingt-quatorze fabriques de tous genres, n’occupant pas 6310 ouvriers,
vivaient à peine à Rome; les manufactures de soie de Bologne, de Pérouse, étaient fort inférieures; celles de laine à Spolète et à Pergola, en mauvais état; le gouvernement romain les avait encouragées d’abord par des primes, mais celles-ci furent bientôt supprimées. Des industries autrefois florissantes, celle des voiles à Bologne, qui occupait 1200 ouvriers, les fabriques de soie de Rimini, qui occupaient mille métiers, étaient entièrement tombées.
Ainsi, le Lombard-Vénitien, grâce à la conservation de l’ancienne organisation communale, à la multitude de ses rivières, de ses travaux d’irrigation, jouissait d’une prospérité suffisante par rapport à son état politique. Le Piémont avait fait en agriculture quelques progrès, si Gènes avait beaucoup perdu de ses relations commerciales et de son importance dans la Méditerranée. Mais la Toscane n’avait point toute la fécondité dont elle avait joui au moyen âge; ses anciens travaux de terrassement tombaient en ruines, sa production avait diminué, l’activité industrielle et commerciale des villes de Florence et de Pise n’était pas comparable à ce qu’elle avait été au temps de leur splendeur; la Maremme était bien loin d’être vaincue. Dans le royaume-uni des Deux-Siciles, c’était bien pis. L’Ile, l’ancien grenier de l’Italie, était réduite à un état misérable; sans le soufre, cet or de la Sicile, dont le gouvernement avait fait un monopole, elle eût été presque sans commerce. La campagne des environs de Rome, malsaine et désolée, privée d’arbres et de culture, offrait seule un aspect plus triste.
Ce qui paralysait la richesse naturelle de l’Italie et l’activité des habitants, c’était l’excès de la protection, la rareté des capitaux et des voies de communication, la division des États, la multiplicité des douanes particulières, la variété des poids, mesures et monnaies. Les communications au dehors et à l’intérieur étaient difficiles; les Alpes percées sur bien des points étaient cependant encore un obstacle. L’Italie possède beaucoup de port et de bons ports; les forêts des Alpes et des Apennins peuvent lui assurer une bonne marine; cependant presque toutes ses productions