LIVRE XVI
étaient expédiées sous pavillon étranger dans les contrées lointaines. Les voies de terre étaient encore rares ou en mauvais état, surtout dans les États de l’Eglise, à Naples et en Sicile; les voies de fer étaient encore une exception. Enfin la péninsule était la terre classique de la contrebande; l’ancien bandit s’était fait contrebandier. Il trouvait des éléments nombreux de succès dans son audace, dans les accidents physiques du pays, dans la lourdeur des taxes, dans la multiplicité même des douanes et dans la connivence des employés fort mal rétribués.
En 1843 l’établissement d’un tarif uniforme sur tout le cours du Pô parut indiquer que l’Autriche et le Piémont voulaient entrer dans une nouvelle voie. L’idée d’une association douanière, d’un zollverein, germa un instant en Italie. La susceptibilité bien naturelle des autres États vis-àvis de l’Autriche, qui possède la plus riche et la plus puis santé partie de la péninsule, la fit abandonner. On craigni de payer d’un asservissement complet la rançon de quelques avantages matériels.
La statistique morale de l’Italie, vers 1840 et 1845, présentait aussi quelques progrès, mais encore plus de lacunes. Le nombre des crimes et délits n’avait pas beaucoup diminué. Il avait suivi à peu près la progression de la population, un peu au-dessous dans la Lombardie et la Toscune, au-dessus dans les États de l’Église et le royaume de Naples. Le nombre des crimes contre les personnes, des assassinats, habitude traditionnelle dans la péninsule, avait peut-être légèrement diminué; mais les attentats contre la propriété, les délits, avaient suivi plutôt une échelle de progression. Les crimes restés impunis, faute d’en connaître l’auteur, étaient toujours très-considérables; le despotisme du gouvernement, l’arbitraire de la justice, entretenaient ce préjugé qui considère le simple «témoignage devant les tribunaux comme une dénonciation.
Le royaume Lombard-Vénitien paraissait surtout en première ligne sous le rapport de l’instruction publique : on y comptait en 1841, pour l’instruction primaire, plus de
cent écoles principales, et à peu près trois cent soixantedix écoles ordinaires pour les garçons, et mille sept cent pour les filles; cependant le tiers des garçons et les deux tiers des filles en âge d’apprendre à lire et à écrire ne jouissaient pas encore de ce bienfait. L’instruction secondaire, divisée en gymnases comprenant six années d’études, et en lycées comprenant deux années, comptait à peu près six milles écoliers dans les établissements de l’État, et deux mille trois cents dans les établissements privés. Les deux universités de Pavie et de Padoue comptaient à peu près chacune mille cinq cents étudiants ; l’instruction primaire étaient gratuite là où les communes avaient pu faire les frais d’établissement d’une école. Malheureusement la défiance du gouvernement central, en ôtant à l’enseignement toute liberté, toute originalité, paralysait tant d’institutions, depuis les universités, où les professeurs nommés par le gouvernement enseignaient sur des textes expédiés de Vienne, jusqu’aux écoles primaires, où les devoirs des sujets envers leur souverain étaient comparés dans le catéchisme autrichien à ceux d’esclaves fidèles envers leur maître.
En 1840 une nouvelle ordonnance sur l’instruction publique avait fait faire un grand pas au royaume de Sardaigne, qui compta bientôt près de trois cents établissements assez importants d’instruction publique; un plan d’études plus libéral fut adopté, une part plus grande faite à l’élément laïque, la loi d’ignorance de 1842 tomba en désuétude ; cependant il y avait beaucoup à regretter pour l'enseignement primaire, principalement dans l’île de Sardaigne.
Mais la Toscane, le royaume de Naples, les États de l’Église, malgré quelques tentatives, faisaient encore honte à l’Europe civilisée. A coté des deux universités de Pise et de Sienne, qui comptaient six cent cinquante élèves, et des écoles secondaires assez florissantes aussi, la Toscane, sur deux cent quatre-vingt-quatre milles enfants en âge de fréquenter les écoles, n’en comptait en 1843 que vingt-trois milles jouissant de l’enseignement primaire. Outre l’uni-