‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 263 sur 338 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

vcrsité et quelques établissements à Naples, le royaume n’avait encore en 1840 que quatre lycées, à Salerne, Catanzaro, Bari, Aquila. Sur cent habitants en 1836, au dire de l’intendant de la province de Molise, on en trouvait un sachant lire. Dans la Sicile c’était encore pis. Le roi Ferdinand avait enfin en 1840 ordonné l’établissement d’une université à Palerme. Dans les États de l’Église, outre les grands établissements universitaires de Rome et de Bologne, on ne trouvait d’écoles publiques que dans les grandes villes, à Pérouse, Spolète, Ancône, etc. Dans les campagnes, l’ignorance de la lecture y était générale. A Rome même, il y avait encore des quartiers où l’enseignement primaire était insuffisant, et on pouvait évaluer à vingtcinq sur cent le nombre de ceux qui ne savaient pas lire.

Becrudeacenee libérale et révolutionnaire en Italie; lnanrreettona de Blmlnl et de la Calabre (1S4S-18M).

Une pareille situation ne pouvait manquer de préoccuper en Italie les esprits éclairés et les cœurs généreux. Ces progrès lents, mais sensibles; ces lacunes, bien plus grandes encore, reportaient les imaginations italiennes sur ta situation politique de leur patrie, mais sans les rapprocher davantage sur les moyens de remédier au mal.

Quelques-uns, effrayés de l’ascendant de l’Autriche, qui représentait jusqu’à un certain point le progrès matériel, songeaient à opposer dans le pape le principe guelfe au nouvel empire autrichien; d’autres s’éloignaient avec horreur d’un pouvoir qui avait toutes les rigueurs et tous les vices de despotisme, et qui laissait ses peuples dans le plus misérable état matériel et moral. Ici on prétendait ne plaider les droits de l’Italie que par la parole, et n’avoir gain de cause qu’à force de patience et de résignation ; là on ne prenait conseil que du désespoir, on était prêt à tout tenter.

Des esprits distingués et des écrivans brillants représentaient ce mouvement plein d’effervescence; le professeur Montanelli demandait que Léopold II ajoutât à la douceur

de son gouvernement le bienfait d’institutions constitutionnelles et libérales. Un philosophe d’un profond mysticisme, M. Gioberti, en 1843, dans son livre Del primato morale e civile degV Italiani , voulait réconcilier l’Église avec la liberté pour faire pénétrer l’esprit politique et national dans les masses. Il ne voyait de salut pour l’Italie que dans l’unité spirituelle, dans une confédération d’États ayant le pape pour président et arbitre; et, dans le livre intitulé Le Jésuite , il prétendait arracher le saint-siège à ses vieux errements, et ramener le souverain pontificat aux besoins du siècle. Le comte Balbo, dans ses Speranze d’Italia, cherchait au dedans à réconcilier les princes avec le libéralisme, en attendant de leur générosité les constitutions qu’on avait voulu leur arracher. Au dehors il mettait son espoir dans les institutions militaires du Piémont et dans la réconciliation des peuples avec leurs princes; il convoitait la Lombardie pour la maison de Savoie, mais il était résigné à attendre que l’Autriche eut l’occasion de se dédommager en Turquie. Moins mystique que Gioberti, et moins politique que Balbo, esprit indépendant et modéré, Mamiani, exilé depuis 1831, tentait de relever le courage de ses compatriotes en répandant les principes d’une philosophie qui était un compromis entre la raison et le sentiment, la science et la foi.

Deux poètes, tirailleurs plus hardis et plus aventureux, attaquaient à la fois guelfes et gibelins; Nicolini, dans sa tragédie d’Arnaud de Brescia , exaltait le premier tribun de l’Italie, l’ennemi des papes, le fondateur du principe républicain, brûlé à Rome dans un moment de trêve, par le pape Adrien IV et l’empereur Frédéric Barberousse. L’anonyme toscan, Philippe Giusti, dans ses chants, dans ses vers clandestins , demandait à Dante s’il regrettait encore que César eût abandonné les jardins de l’empire. « Si l’Italie est morte », répondait-il à Lamartine, « que veulent ces armées qui veillent sur elle nuit et jour? Est-ce pour empêcher les morts de se réveiller que l’Allemagne envoie ses soldats camper en Italie? Est-ce que les ossements de nos pères épouvantent l’héritier des Césars? » Plus hardis en-

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