‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 268 sur 338 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

sait toutes les occasions de prêter au pape le secours de sa puissante parole, ne craignait pas de s’écrier : « Si l’Église ne marche pas avec les peuples, les peuples ne s’arrêteront pas, mais ils marcheront sans l’Église, hors do l’Église , contre l’Église. » Les manifestations organisées d’ordinaire par un certain Cicervacchio, cocher et batelier, qui était devenu une sorte de personnage, prirent un nouveau caractère. Enthousiastes et bruyantes quand le saintpère avait fait quelque chose, elles devinrent froides et presque menaçantes quand on le soupçonnait de s’arrêter devant les résistances des rétrogrades. Ce ne fut plus qu’un moyen de peser sur le saint-siège et de l’entraîner. Le motu proprio du 12 juillet contenait encore plus de promesses que de réalités, et exprimait la volonté du saint-père de garder intact le dépôt qui lui avait été confié; une manifestation de ce genre fut organisé le 15. Elle parut si dangereuse que le cardinal Gizzi , le lendemain , interdit le retour de ces dimostrazioni in piazza, qui menaçaient la sécurité publique et la liberté du saint-père.

L’Autriche était menacée dans le Lombard-Vénitien par ce mouvement libéral ; elle ne perdit pas de temps. Depuis le commencement de l’année, ses troupes avaient été augmentées, ses garnisons renforcées en Italie. Le 22 juin elle adressa au pape une note assez sévère, pour l’engager à ne point favoriser un mouvement qu’il ne saurait plus ensuite arrêter. Moins d’un mois après, Cicervacchio découvrit une conspiration qui devait éclater le 15 juillet, au moment où la foule se rassemblerait pour voir le feu d’artifice sur la place du Peuple. On en accusait un certain colonel Freddi, tristement célèbre dans la Romagne, et jusqu’au cardinal Lambruschini et au directeur de la police, Grassellini, qui passaient pour les chefs du parti rétrograde. La garde nationale, dont l’organisation avait été décrétée, mais non effectuée, dès le 5 se forma d’elie-même; tous les gens modérés s’armèrent, descendirent dans la rue sous la conduite des Rospigliosi, des Borghesc et des Aldobrandini. Ils arrêtèrent une collision qui aurait pu être sanglante, entre les exaltés et leurs adversaires. Le cardinal Gizzi, qu’on

accusait d’irrésolution, donna sa démission ; Fcrretti, cardinal plus résolu, entièrement dévoué au pape et aimé des libéraux, lui succéda. Mais le lendemain 16, on apprit que, par une fâcheuse coïncidence, les Autrichiens avaient augmenté de 1200 hommes leur garnison à Ferrare; et, quelques jours après, la nouvelle se répandit que, non contents d’occuper le château, ils avaient brutalement saisi les portes de la ville, malgré la garde civique.

Le cardinal Ferretti protesta énergiquement, et fut appuyé par le roi de Sardaigne et le grand-duc de Toscane. La question n’était plus seulement administrative et pontificale, elle était politique et italienne ; le mouvement fut singulièrement accéléré par cet acte de l’Autriche. Grâce aux discours, aux menées des exilés, on commença à accuser non la volonté, mais la faiblesse de Pie IX; on se persuada que l’acquisition de constitutions libérales serait le plus sûr moyen d’obtenir et de garantir les améliorations et les réformes; on crut entrevoir déjà que la liberté ne pourrait être assurée qu’en conquérant préalablement l’indépendance, et on s’y prépara. La révolution entra dans sa seconde phrase; elle devint constitutionnelle et nationale. Aux cris de : « Vive Pie IX! Vivent les réformes! » furent substitués ceux de : « Vivent les constitutions ! Vive l’indépendance ! » La question d’Italie devint la première des cabinets de l’Europe.

Le gouvernement français , favorable au libéralisme italien, mais fort intéressé à ménager l’Autriche, prit à tâche de calmer l’effervescence, et d’éviter une collision. Il blâma, dans les expressions surtout, l’énergie de la protestation de Ferretti et du pape, mais il obtint le retrait des troupes autrichiennes. Il promit son appui aux réformes administratives de Pie IX, mais il déclara l’octroi de constitutions inconciliable avec la situation générale de la péninsule. L’ambassadeur d’Angleterre, lord Minto, au contraire, appuya résolûment partout les constitutionnels, les révolutionnaires même; et tous se tournèrent avec espoir vers le cabinet de Saint-James. Depuis le mouvement des Autrichiens sur Ferrare, on ne pouvait plus parler aux Italiens HIST. d’itaub. 34

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