LIVRE XVII
de modération. « Père Ventura, dit Pie IX, découragé luimême en voyant sa protestation blâmée, la France nous abandonne ; nous sommes seuls ! — Dieu nous reste , répondit celui-ci, marchons. » De ce jour, la péninsule se précipita en avant. Le nouveau cardinal-ministre, Ferretti, était plein de confiance. « Nous montrerons à l’Europe, disait-il, que nous savons nous suffire à nous-mêmes. » Il organisa la garde nationale, par les soins de son honorable commandant, le prince Rospigliosi, et prépara une loi pour la conscription. Le cardinal organisa en même temps le conseil et le sénat municipal de Rome, et s’occupa de poser les bases et de déterminer les attributions de la consulte d’Êtat qu’il devait bientôt convoquer.
La Toscane et la Sardaigne avaient marché derrière le saint-siège; elles le devancèrent maintenant.
Déjà, à l’exemple du pape, Léopold II avait, le 6 mai , autorisé sous de certaines conditions la critique des actes du gouvernement. Il accepta le programme d’un nouveau ministère, qui portait l’organisation d’une garde civique, l’augmentation de l’armée, l’établissement de conseils provinciaux électifs, et la création d’une représentation nationale centrale. Depuis plusieurs mois, Charles-Albert semblait arrêté dans la voie des réformes. L’affaire de Ferrare le réveilla. L’idée de l’indépendance italienne, d’un royaume italien à fonder peut-être, trouva écho dans son cœur, aussi bien que dans celui du dernier des Piémontais, ennemis séculaires de l’Autriche. Le 30 septembre, par plusieurs ordonnances détaillées, l’administration des provinces fut confiée à des conseils généraux, la police réunie et subordonnée au ministère de l’intérieur, les! finances séparées de l’administration, lacensure adoucie, une banque fondée à Turin, et l’instruction publique enlevée en partie aux jésuites, que Gioberti n’avait pas craint d’appeler les fils dégénérés de Loyola. Charles-Albert ne se déroba plus aux manifestations qui l’accueillirent à Turin, à Nice, à Gênes, au mois d’octobre. « Mes peuples, mes frères, dit-il aux Génois qui lui demandaient l’amnistie, ce que vous demandez sera fait, vous serez contents
Je vous accorderai tout ce qui pourra vous rendre heureux! »
Enfin, le 3 novembre, la base de l’union des trois puissances libérales fut posée. Les ambassadeurs du saintsiège, de la Toscane et de la Sardaigne, signèrent à Turin les conditions équitables d’une alliance intime, qui avait pour but de développer l’industrie italienne et le bien-être des populations ; ils invitèrent le roi des Deux-Siciles et le duc de Modène à prendre place dans ce faisceau industriel des puissances italiennes et à les suivre dans la voie du progrès général. C’était évidemment le point de départ d'une union politique bien plus importante; les populations le sentirent avec joie; et un des hommes les plus éclairés et les plus modérés de l’Italie, détermina parfaitement le sens de tous ces efforts. Dans son Programma per l’opinionenazionale , M. d’Azeglio posa comme le premier devoir des Italiens de se régénérer, de réformer leurs institutions dans le lambeau de la péninsule qui leur était laissé, et de sc rendre eux-mêmes dignes d’un regard de la Providence; il ne cacha point que l’indépendance de l’Italie était le but . suprême du parti libéral, et que celui-ci attendait le moment avec calme et résolution. Mais il ne voulait point cueillir le fruit avant sa maturité.
La mort de Marie-Louise, duchesse de Parme (fin novembre), vint raviver justement cette question. D’après les traités de 1815, le duc deLucques devait hériter de ce duché, mais à la condition de ne conserver de son patrimoine précédent que Pontremoli, et de laisser Lucques à la Toscane, et Fivizzano à Modène. Le seul souvenir des traités de 1815 était fait alors pour irriter la fibre nationale. Les habitants de Fivizzano et de Pontremoli déclarèrent qu’ils préféraient se rattacher à la Toscane; les journaux libéraux épousèrent leurs désirs. Mais les Autrichiens entrèren t à Parme et à Modène, pour réprimer les habitants des deux duchés qui se soulevaient, et opérer la saisie des villes en litige. Il fallut laisser s’accomplir encore une des conséquences des traités détestés. Il en resta dans les masses une irritation profonde contre l’Autriche et même contre