LIVRE XVII
les souverains de l’Italie. Les radicaux commencèrent à répandre qu’on n’arriverait à rien avec tous ces atermoiements. Le comité des émigrés de la Jeune Italie, siégeant à Londres , renoua le fil des conspirations un instant détendu dans les différents centres de l’Italie ; il prêcha de nouveau les soulèvements comme le seul moyen de précipiter l’octroi des constitutions et la grande crise, d’où devaient, croyaient-ils, sortir la liberté et l’indépendance de l’Italie.
I,e* constitution* (octobre IMMS mars 1946).
La révolution commença. L’étincelle partit comme de coutume au pied du Vésuve et de l’Etna, dans les Etats du souverain qui s’était le plus décidément prononcé contre les concessions. Déjà les 1er et 2 septembre, sur un signal donné de Naples, Reggio et Messine avaient pris leô armes. Ce mouvement prématuré ne réussit point. Reggio fut bombardée, Messine réprimée ; vingt-cinq prisonniers furent fusillés, et l’université de Naples fermée.
' Mais depuis, les manifestations se succédèrent avec un caractère tous les jours plus hostile, à Livourne, à Florence et à Rome même.
Le mouvement atteignit enfin les provinces soumises à l’Autriche. Il s’y prononça d’abord par une opposition légale et de sourdes conspirations. Dans les deux assemblées centrales de Milan et de Venise, deux députés, Nazzari et Manin, présentèrent des pétitions pour l’exécution loyale delà patente autrichienne de 1815. Les officiers autrichiens virent le vide se faire autour d’eux dans les salons, les soldats furent hués dans les rues ; on saisit quelques occasions de montrer les drapeaux de la ligue lombarde; en attendant le moment de se mesurer avec l’armée de l’Autriche, on attaqua sa régie en s’imposant des privations volontaires.
Tout dépendait encore de celui qui avait réveillé l’Italie. Pie IX avait passé de l’hésitation à la crainte. La péninsule marchait aux constitutions; il recula aux réformes. Le jour
où il ouvrit (fin novembre 1847) la consulte si longtemps annoncée, il eut soin d’établir que les décisions de cette assemblée ne pouvaient être que des avis soumis au ministre et au sacré collège ; et il lui donna pour président le cardinal Antonelli. Dès les premiers jours, malgré les efforts de l’ambassadeur français, Rossi, il y eut conflit entre l’assemblée et le pouvoir sacerdotal, et les ministres laïques, que le pape admit dans son conseil dès le 18 décembre, n’eurent guère plus d’influence. Le parti libéral et modéré à Rome, ne se sentant plus secondé, accusa l’entêtement sacerdotal ; il se tint à l’écart et se résigna au besoin à une catastrophe dont il ne serait pas le plus à plaindre. Les chefs des radicaux, révolutionnaires ardents et résolus, prirent la place désertée par le pape et les libéraux, et les masses les suivirent avec l’empressement qu’elles avaient d’abord témoigné au chef de l’Eglise et aux constitutionnels.
Au commencement de l’année 1848, la péninsule était comme un terrain mouvant, secoué par une lave intérieure qui cherche à faire éruption. Le gouvernement autrichien augmentait ses bataillons dans laLombardie; le roi Charles- Albert appelait 10 000 hommes de réserve sous les drapeaux. Le cabinet français formait un corps expéditionnaire aux environs de Toulon et de Marseille, pour ne pas laisser tout faire à l’Autriche, et garantir l’influence et les principes français en Ralie ; des vaisseaux anglais croisaient en vue de la Sicile. L’ambassadeur français, M. Bresson, parcourait l’Italie pour tout calmer; lordMinto, au contraire, pour tout encourager. Le 3 janvier, les dragons autrichiens sabraient des groupes formés dans les rues de Milan. Quelques jours après, à Venise, au milieu d’une collision entre les soldats et le peuple, Manin etTommaseo étaient arrêtés par la police autrichienne. Le 12 une révolte sérieuse éclata à Palerme.
Les désordres engendrés par la négligence coupable du pouvoir et les symptômes d’agitation étaient tels, que le roi Ferdinand II avait promis pour le 12 janvier l’arrivée d’un nouveau lieutenant général, le duc de Serra Capriola,