LIVRE XVII
chargé de faire les réformes nécessaires. Le 12 personne n’avait paru. Les libéraux crurent qu’on s’était joué de leur bonne foi ; excités par des agents anglais qui ravivaient le souvenir de la constitution de 1812, ils se mirent à la tête du peuple ; et, aux cris de : « Pie IX ! » ils livrèrent bataille aux troupes, les resserrèrent dans les forteresses et dans le château royal. Le cabinet napolitain, enchanté de trouver cette occasion de sévir, envoya le général Sauget avec dix vaisseaux de guerre et 6000 hommes; mais ces nouvelles troupes furent vigoureusement repoussées les 15, 16, et l’insurrection se propagea bientôt dans toute l’île. Le 18 elle était de l’autre côté du détroit; 10 000 hommes se rassemblèrentpour marcher surNaples, criant, comme en 1821: « Constitution, constitution! »
Le roi, effrayé cette fois, renvoya son ministre de la police, del Carretto, nomma un nouveau lieutenant général en Sicile et publia une amnistie ; mais cela ne suffit plus. Le général Sauget fut forcé d’évacuer Palerme après une lutte opiniâtre ; le 26 il n’y eut plus au pouvoir des troupes de Ferdinand, dans l’ile, que le château de Messine ; le 27, à Naples, 20 000 hommes descendirent dans les rues, bannières déployées, et firent retentir la longue rue de Tolède, du palais à la place du Marché, des cris de : « Vive la Constitution ! « Le roi céda; le lendemain 28, un nouveau ministère composé de Serra Capriola, longtemps ambassadeur à la cour de France, Buonomi, prince de Torella, et Bozzelli, écrivain et juriste distingué, entra en fonctions; et, le 29, la Constitution fut définitivement promise et les bases du gouvernement représentatif assurées.
L’effet de ces nouvelles arrivant coup sur coup dans toutes les villes de la péninsule fut prodigieux. Les journaux, les clubs devinrent plus ardents que jamais en Toscane, à Rome et à Turin. Quand la constitution napolitaine parut le 11 février, modelée sur la charte française de 1830, il n’y eut plus guère moyen de résister. Le duc de Toscane en octroya une semblable le 15. Le pape, ne sachant si le gouvernement parlementaire était compatible avec sa double position do pontife et do prince, recula
plus effrayé que jamais entre les bras des rétrogrades; mais Charles-Albert se prépara à imiter les souverains de Naples et de Toscane. Prince tout militaire, il eût été plus disposé à tenter de donner l’indépendance à l’Italie que des libertés constitutionnelles à son peuple ; cependant il cédait à l’entraînement général.
Le Lombard-Vénitien frémissait maintenant sous le joug en voyant dans toute la péninsule les conquêtes de la liberté ! Le maréchal Radetzki, commandant des forces militaires autrichiennes à Milan, en appela aux mesures extrêmes de compression. « Soldats », dit-il, en annonçant à ses troupes la ferme volonté de l’empereur de défendre le Lombard-Vénitien, « que les insensés ne vous forcent point à déployer le drapeau de l’aigle à deux têtes ; contre votre fidélité et votre valeur, les coupables efforts du fanatisme et de la rébellion se briseront comme le verre fragile contre le roc.» Quelques jours après, le 24 février 1848, s’écroulait en France un trône , à l’existence duquel se rattachait l’équilibre européen, pour faire place à la république.
Ce fut en Italie comme un vent impétueux tombant sur un brasier. Les impatients, les exaltés poussèrent un immense cri de joie. Les modérés accueillirent la nouvelle avec plus d’inquiétude que d’espérance. « Vous nous menez ventre à terre, écrivit M. d’Azeglio; nous ferons en sorte de n’être point désarçonnés. » Charles-Albert comprit la situation; il promulgua, le 4 mars, sa constitution déjàpréparée et prit un nouveau ministère, à la tête duquel se trouvait le comte César Balbo. Enfin Pie IX poussé par les événements et par Rossi, devenu d’ambassadeur français, conseiller du pontife, revint à ses premiers projets et promulgua aussi, le 15 mars, une constitution appropriée à la situation particulière des États romains. Toute la péninsule indépendante était constitutionnelle.
Ces constitutions modérées étaient viables, quoique un peu hâtivement élaborées. Le manifeste du gouvernement provisoire de la nouvelle république française écrit par Lamartine garantissait ces conquêtes. « Si les États indépendants de la péninsule, disait-il, étaient envahis ; si l’on