LIVRE XVII
imposait des limites ou des obstacles à leurs transformations intérieures; si on leur contestait à main armée le droit de s’allier entu eux pour consolider la patrie italienne, la république française se croirait elle-même en droit d’armer pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples. » Mais la liberté des États indépendants ainsi garantie, la question du Lombord-Vénitien était réservée. « Les traités de 1815, disait encore le manifeste, n’existent plus en droit ; toutefois les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait que la république admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations. »
Insurrection à milan (11-15 mars).
Cette question n’était autre que celle de l’indépendance italienne ; elle se posa d’elle-même le 18 mars à Milan. Déjà le 17, la nouvelle de la révolution de Vienne et la chute du ministre Metternich avaient exalté les esprits. Le vice-roi effrayé partit précipitamment pour Vérone. Le lendemain matin, le gouverneur, comte Ô’Donnel, fit afficher que l’Empereur convoquait l’assemblée centrale du royaume Lombard-Vénitien pour le 3 du mois de juillet prochain. Cette proclamation ne parut qu’une dérision ou un leurre; les Milanais se répandirent en foule par les rues, sur la place du Dôme et sur celle des Marchands. Le podestat, comte Casati, vint pour calmer l’émotion; on le porta vers le palais du gouverneur qui fut envahi, et le comte O’Donnel, au pouvoir des Milanais, fut obligé de décréter l’armement de la milice. Ce fut le premier acte d’hostilité.
Le soir, Radetzki se retira au château, bâtiment massif, centre de l’ancienne forteresse, et se contenta d’occuper militairement les bastions, la place du Dôme, le Palais royal, la Police, l’Hôtel de ville, ainsi que les principales rues qui aboutissent à ces points principaux. Son but était de cerner et de diviser l’émeute. Ce fut une nuit solennelle. la pluie tombait par torrents. Le peuple milanais
s’arma, éleva silencieusement ses barricades, et entassa les projectiles sur les toits des maisons. Le podestat Gasati, partisan secret de Charles-Albert, était à sa maison de la Taverna, avec quelques nobles, quelques écrivains et des jeunes gens pleins d’ardeur; il hésitait, mais Cernuschi, Cattaneo, Terzaghi, formés déjà en comité de guerre, organisèrent la résistance. Le 19 au matin , Radetzki menaça la ville du bombardement et du sac; on lui répondit en se jetant dans les rues au son du tocsin et aux cris de : vive Pie IX; le combat commença. Le premier jour, les Milanais ne cherchèrent qu’à couper les communications de l’armée; l’affaire la plus rude eut lieu sur la place de la Cathédrale, d’où un corps de Tyroliens embusqué dans les galeries faisait un feu plongeant et meurtrier. Les Milanais n’avaient pas encore beaucoup d’armes et manquaient de munitions.
Le 20, la lutte se caractérisa. Radetzki eut beaucoup de peine à garder ses communications ; il lui fallait faire enlever chaque barricade sous un feu meurtrier parti de toutes les fenêtres. Il fut obligé d’abandonner la Cathédrale; un parlementaire vint de sa part proposer, le soir, un armistice de quinze jours; il n’avait point ce qu’il fallait pour un bombardement. Casati et les collaborateurs qu’il s’était adjoints penchaient à accepter; le comité de guerre et les combattants refusèrent.
Le 21 Radetzki perdit ou abandonna tous les points qu’il occupait dans l’intérieur; on commença à attaquer les bastions et les portes, entre autres la porta Ticinese, et la porta Tosa pour ouvrir les communications avec le dehors. Un envoyé de Charles-Albert vint offrir les secours de son maître. Gasati voulait qu’on s’engageât immédiatement pour la réunion du Lombard-Vénitien; le comité de guerre, qui comptait quelques républicains, ne promit que sa reconnaissance. Casati et les albertistes, Borromeo, Porro, Durini s’érigèrent néanmoins en gouvernement provisoire, commencèrent à se saisir de l’administration, des finances, et annoncèrent la réunion d’un congrès pour prononcer sur les destinées du pays.