‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 273 sur 338 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Le 22 Radetzki se vit menacé à la fois par la ville et la campagne. Si Charles-Albert se décidait tout à coup à passer le Tessin, l’armée autrichienne était perdue. Le soir, Radetzki entretint un feu continu et nourri de ses canons et de ses bombes du haut des bastions, et, à la lueur d’une colonne de flamme qui éclairait toute la ville, il abandonna le château et battit en retraite, avec les familles des officiers, les employés, les otages, et plusieurs régiments italiens obligés, sous peine de mort, de suivre le reste. Milan était libre; mais l’armée autrichienne sauvée.

Le même jour, 22, le gouverneur militaire Zichy abandonnait Venise. Depuis le 17, il y avait chaque jour collision avec les troupes; le matin du 22 l’arsenal avait été pris. Zichy, n’ayant pas assez de monde pour résister, abandonna la place par convention. Tandis qu’on installait un gouvernement provisoire favorable à Charles-Albert, Manin poussa sur la place Saint-Marc le cri de : Vive la république vénitienne!

« C’est maintenant ou jamais, » écrivit Salvagnoli, le rédacteur de la Patrie à Florence, en apprenant la victoire de Milan. Rien n’était alors plus naturel que ce cri. L’Europe était ébranlée jusque dans ses fondements; l’Autriche et la Prusse, battues par les émeutes de Vienne et de Berlin, étaient menacées de la même chute que la royauté française. Les nationalités paraissaient à refaire aussi bien que les gouvernements. On pensait pouvoir compter sur le concours et la protection de Pie IX, que les imaginations enthousiastes se représentaient comme un Alexandre III. Toutes les populations dans les villes s’armèrent, à Florence, à Modène et à Parme en dépit des ducs bientôt obligés de partir, à Naples et en Sicile même, pour voler au secours des Lombards; sans les attendre, les villes de Brescia, Bergame, Padoue, se soulevèrent contre les Autrichiens assaillis de tous côtés. La croix du saint-père était l’égide de cette sainte guerre de l’indépendance; il ne s’agissait plus que de trouver une épée pour conduire à la victoire tous ces dévouements. Le 23 au soir, jour où il reçut la nouvelle de la délivrance de Milan, Charles-

Albert se décida à jeter la sienne dans la balance, et le lendemain matin ses premiers bataillons passèrent le Tessin.

Guerre d’indépendance ; ChtrlM-Albert ; réaction napolitaine du It mal ; bataille de Cuatosca (tS mara-9 août).

Deux jours plus tôt, la guerre eût peut-être été terminée d’un coup. Surpris par une armée régulière, il eût été difficile à Radetzki d’opérer sa retraite à travers un pays soulevé. Dans un moment où l’audace était encore de mise, Théodore Lecchi, nommé général des troupes lombardes à Milan par le gouvernement provisoire, proposa au roi de descendre le Pô, sur des pyroscaphes, avec une colonne de l’armée sarde pour s’emparer de Mantoue ou au moins couper la retraite à Radetzki, et d’envoyer quelques régiments dans le Tyrol italien tandis que le gros de l’armée descendrait le Pô en ligne directe. Le roi Charles-Albert, militaire savant, ne voulut point s’écarter des règles de la stratégie classique; et Radetzki, suivi seulement par quelques bandes mobiles, rallia les garnisons de Brescia et de Bergame, passa l’Oglio, la Chiese, et prit position, le 30, dans le redoutable quadrilatère formé par les forteresses de Peschiera, de Vérone, de Mantoue et de Legnano, qui est la clef stratégique de la haute Italie. Il ne pouvait plus être question d’un coup de main. Il fallait maintenant une guerre en règle.

Ce n’était pas trop que l’Italie tout entière, princes et peuples, se levât comme un seul homme. Mais les souverains n’étaient point complètement d’accord avec leurs peuples, et moins encore entre eux. Charles-Albert n’était pas sûr du Lombard-Vénitien qui hésitait aussi à se donner à lui. Il avait vu avec déplaisir la république proclamée à Venise par Manin, bien que, d’après la déclaration même du gouvernement provisoire, il n’y eût rien là de définitif. Les Lombards dans leur enthousiasme avaient déjà fixé aux hauts sommets du Brenner la limite de l’Italie; Charles-Albert, plus prudent, était encore fidèle à la de-

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