LIVRE XVII
vise de sa famille : descendre le cours des siècles et celui du Pô. Satisfait de la ligne du Mincio, du lac de Garde, et des collines du Stelvio, il ne voulait point mettre contre lui la confédération germanique en envahissant le Tyrol. Sa diplomatie n’allait point à l’enthousiasme lombard.
Les autres souverains partageaient bien moins encore l’entraînement de leurs peuples. Rossi disait en vain : « Le mouvement national et guerrier qui emporte l’Italie est une épée ; ou Pie IX prendra résolûment cette épée en main, ou la révolution la tournera contre lui. » Pie IX hésitait. Devait-il pousser à l’ébranlement général, lui qu’on regardait comme la clef de voûte de l’ordre? comme
f>ère des fidèles pouvait-il patroner la guerre même de 'indépendance? comme souverain, était-il enfin de son intérêt de favoriser la formation d’un royaume du Nord, contre lequel d’anciens papes avaient lutté? Il laissa, mais sans se déclarer, les volontaires se réunir, s’armer sous le commandement de Durando qu’avait désigné Charles- Albert. Le grand-duc de Toscane, prince autrichien, voyait avec crainte le roi de Sardaigne agir déjà sous main à Parme et à Modène pour remplacer les souverains de ces pays. Ce fut avec peine qu’il détacha quelques régiments de sa petite armée vers le Pô sous le commandement d’abord de Ferrari et ensuite de Laugier.
Le roi de Naples était le plus mal disposé pour la guerre d’indépendance : l’arrivée à Naples, le 29 mars, du vétéran du libéralisme italien, Pepe, avait excité une effervescence qui le dominait; mais, au fond, il était très-hostile. C’était avec regret que le 3 avril, il accordait à la future assemblée le droit de modifier la constitution, et donnait le suffrage universel. Avec plus de peine encore il voyait la Sicile, pleine des souvenirs de 1812, réunir (15 mars) un parlement national qui allait bientôt prononcer sa déchéance A Naples, même, les libéraux ne parlaient-ils pas de le déposer en faveur de son fils? Tout en autorisant bientôt la formation d’une armée d’expédition sous le commandement de Pepe, Ferdinand guettait la première occasion de trahir son peuple et l’indépendance de la péninsule.
L’Italie ne pouvait pas beaucoup plus compter sur l’appui énergique et désintéressé des deux seules puissances qui fussent satisfaites de sa levée de boucliers. L’Angleterre poursuivait avant tout ses desseins sur la Sicile, qu’elle aurait voulu donner au prince de Gênes à de bonnes conditions. La France républicaine réunit un corps d’observation vers les Alpes. Mais quelques émigrés ou républicains seuls désiraient, et même peu vivement, dans leurs affaires, l’intervention française; Charles-Albert la repoussa nettement; roi, il ne voulait point de l’appui d’une république. L’enthousiasme général d’ailleurs, et un instinct trop développé par l’expérience, n’admettaient point dans une guerre contre l’étranger les secours de l’étranger. Le patriotisme avait ses illusions pardonnables, mais dangereuses. On répéta après Charles-Albert, Italia farà da se, « l’Italie fera par elle-même. »
Les opérations de la guerre commencèrent réellement le 6 avril. Charles-Albert, à la tête de 50 000 hommes, donna l’ordre de marcher sur le Mincio; Durando déclara ses drapeaux bénis par le nouvel Alexandre III, et concentra son armée à Bologne. Radetzki avait rallié toutes ses troupes au nombre de 50 000 hommes, près de Vérone, et envoyé un renfort à Trente pour maintenir ses communications par le Tyrol avec l’Autriche; il était dans une position admirable pour la résistance, mais non sans quelque danger. Zucchi, général en chef nommé par les Vénitiens, menaçait de couper sa retraite sur la Piave, en occupant Vicence et Padoue; Durando commençait sa marche vers le Pô ; les volontaires lombards traversaient le lac de Garde pour so jeter dans le Tyrol, couper Radetzki de Trente, et donner la main aux insurgés de la Vénétie. Le 8 Charles- Albert dirigea ses deux ailes sur Goïto et Monzambano aux bords du Mincio. L’engagement fut de peu de durée, les Piémontais s’emparèrent du pont de Goïto. On s’attendait à une bataille générale; mais, le 10, Radetzki jeta les troupes nécessaires dans Peschiera et dans Mantoue, se replia sur l’Adige et abandonna à son ennemi la ligne du Mincio. Ce premier succès remplissait déjà les Italiens