‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 275 sur 338 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

d’espérance, lorsqu’on apprit que, le 10 même, Pie IX, cédant à la faction grégorienne, avait désavoué Durando.

Il fallait se hâter ; Radetzki ne cherchait qu’à laisser au corps de réserve autrichien qui se formait alors sur l’Isonzo le temps de le rejoindre sous Vérone. En faisant soutenir les volontaires du Tyrol par des régiments piémontais, et en précipitant sa marche sur l’Adige, malgré les garnisons de Peschiera et de Mantoue, le roi faisait courir autant de risque à Radetzki qu’il en courait lui-même. Charles-Albert crut devoir ménager la seule armée de l’Italie. Il prit le temps de construire un pont solide à Goïto, établit lentement son armée sur la rive gauche du Mincio,de Mantoue à Peschiera, et commença à investir cette place que dominent quelques hauteurs voisines. Radetzki eut le temps de faire rejeter par les Autrichiens de Trente dans le Tonnai et le lac de Garde, les 19 et 20, les volontaires pleins d’ardeur, mais fort mal disciplinés.

Le 27 seulement, fortement établi sur la rive gauche du Tessin, quoique trop étendu de Mantoue à Peschiera, Charles-Albert reprit l’offensive. Il faisait prier le pape de revenir sur son désaveu ; les Toscans et les Modenais enfin arrivés avaient pris position vers Mantoue ; Durando se dirigeait sur Padoue pour aller soutenir Zucchi contre l’Autrichien Nugent, qui amenait l’armée de réserve. Charles-Albert, le matin du 29, fit sortir ses bataillons des positions de Villa Franca et de Summa Campagna, et marcha sur la hauteur de Pastrengo qui protégeait Vérone. Après un combat d’avant-garde de six heures, les Autrichiens abandonnèrent la position, et commencèrent à découvrir Vérone. Radetzki ne voulait point encore de bataille.

Mais, le même jour 29, Pie IX rompit ouvertement par une encyclique avec le rôle qu’on avait espéré lui voir jouer; il désapprouva hautement, comme père de tous les chrétiens, la guerre entreprise contre les Autrichiens. Il se rappela qu’il était pontife, et oublia entièrement qu’il était souverain. « Cette encyclique, écrivit M. d’Azeglio, est tombée au milieu de nous comme une bombe ; l’armée

en a été presque dissoute. » Plus triste fut encore la prise d’Udine par l’Autrichien Nugent sur Zucchi et sa marche sur la Piave à la tête des 30000 hommes de réserve. <

Le 1er mai, l’émeute grondant pour la première fois sous le balcon du Quirinal, arracha encore quelques instants Pie IX aux influences qui lui avaient dicté l’allocution du 29 avril. Il appela décidément un laïque au département des affaires étrangères; il choisit Mamiani, écrivain distingué et proscrit depuis 1831, convoqua des corps représentatifs pour le 5 juin, et s’occupa d’organiser une ligue des princes italiens. Le roi de Naples, en même temps, convoquait l’assemblée des députés de son royaume pour le 15, et laissait Pepe partir à la tête de 15 000 hommes pour le Nord.

Le moment décisif approchait. Parme et Modènc s’étaient définitivement données à Charles-Albert ; à Milan le gouvernement provisoire appelait la Lombardie à voter à la fin du mois sur ses destinées. Charles-Albert sentait le besoin de décider le vote par quelques succès avant l’arrivée du corps de réserve autrichien. Le 6 mai, le roi fit attaquer Santa Lucia; prise et reprise plusieurs fois, elle resta après deux jours de combat au pouvoir des Autrichiens ; Nugent, avec la réserve, plus heureux encore quelques jours après, passa la Piave le 8, dispersa sous Trévise le corps de Ferrari le 9, et rejeta Durando avec les débris de son armée vers Vicence, seule maintenant entre lui et Radetzki ; on n’avait plus espoir pour empêcher la jonction qu’en Pepe déjà arrivé un peu plus tard, le 13, à Ancône.

Les événements de Naples (15) agirent alors comme avait fait l’allocution de Pie IX. Ce jour-là devait avoir lieu l’ouverture des chambres; dans la formule du serment, le roi n’avait point fait mention du droit conféré aux députés par le décret d’avril d’étendre la constitution. Le lendemain, au moment où les députés se rendaient à la séance, quelques barricades s’élèvent; elles s’étendent bientôt dans toute la large rue de Tolède. Les troupes napolitaines et suisses viennent prendre place devant le palais et au Largo Castello ; au milieu de ces mouvements un coup de feu

part et le combat commence vers midi. Le parlement reçoit ordre de se dissoudre, et obéit devant la force armée après avoir protesté. La résistance opposée par la garde civique fut très-vive sur la place du Palais même, dont les hôtels furent pris d’assaut ; mais les Suisses, en débouchant par des rues obliques, coupèrent bientôt en deux la longue rue de Tolède, et emportèrent ensuite aisément toutes les barricades. La victoire de Ferdinand fut moins fâcheuse encore pour le royaume de Naples, que l’ordre envoyé à Pepe de faire rétrograder son armée ne fut désastreux pour l’Italie.

Pepe venait de convenir avec Charles-Albert (le 18] de passer le Pô et do se porter entre Radetzki et de Thurn, successeur de Nugent, déjà arrivé à Vicence. Le 20 il reçut la missive de Ferdinand. Poussé par l’enthousiasme des Bolonais, il se décida à désobéir; mais il se convainquit bientôt qu’il ne pouvait entraîner son armée. Le 22 l’avantgarde de la réserve autrichienne commença la jonction tant désirée, tandis que les régiments napolitains, déjà arrivés à Ferrare, donnèrent l’exemple de l’abandon de la cause italienne.

Assuré désormais sur ses derrières, Radetzki reprit l’offensive. Le 27, à la tête de 40000 hommes divisés en trois colonnes, artillerie en tête, il quitta Vérone et se dirigea sur Mantoue pour déboucher sur la rive droite du Mincio, enlever Goito, ou tout au moins attirer Charles-Albert de ce côté et permettre à la garnison de Vérone de ravitailler Peschiera. Charles-Albert, inquiet, fit repasser aussi, le 28, une partie de ses troupes sur la rive droite, par le pont de Goïto. Mais, le 2 juin, Radetzki quitta de nouveau Mantoue, repassa l’Adige (le 5) et se jeta sur Vicence qui venait de se déclarer pour le Piémont. Charles-Albert s’empara du plateau de Rivoli le 10, mais ne put empêcher Vicence de succomber. On célébra en Italie la prise du plateau de Rivoli de glorieuse mémoire; on oublia que, maître de Vicence, Radetzki s’embarrassait peu maintenant d’être coupé du Tyrol.

La position était en effet bien changée au désavantage des Italiens. Charles-Albert était maintenant presque seul.

Le comte Mamiani, à Rome, ne pouvait, bien que ministre, faire prévaloir ses desseins. Le roi de Naples rappela même quelques régiments napolitains d’abord prêtés à Charles-Albert. Le roi de Sardaigne fit venir alors ses réserves restées jusque-là et bien à tort dans le Piémont, il pressa la formation de l’armée lombarde et l’équipement des volontaires qu’il n’avait pas fort activé. Il parvint ainsi, dans le courant du mois de juin, à rassembler 80 000 hommes sur le Mincio. Mais Radetzki, grâce à l’arrivée d’un nouveau renfort, en avait autant ; et toutes ses troupes étaient bien équipées et disciplinées, tandis que les derniers bataillons lombards étaient assez mal instruits et armés, et déjà moins ardents qu’au commencement de la guerre.

Les encouragements de l’Italie vinrent encore, au commencement de juillet, briller comme une dernière espérance sur l’armée piémontaise. Le 6 juillet, pendant que Pepe arrivé à Venise organisait la défense de la lagune, l’assemblée vénitienne déclara se fondre dans le Lombard- Vénitien; quelques jours après, le parlement sicilien élut décidément roi un prince piémontais, le duc de Gênes. Charles-Albert, ayant son quartier général à Roverbella, espérait forcer Mantoue comme Peschiera; il achevait l’investissement de la place vers le 20, quand Radetzki, concentré depuis quelque temps à Vérone, saisit » pour reprendre l’offensive le moment où il vit la ligne de son adversaire trop étendue des hauteurs de Rivoli aux environs de Mantoue, mais très-faible sur le premier point.

Le 22 le maréchal mit pendant la nuit ses masses en mouvement, pour reprendre le cours du Mincio. Il fallait percer la ligne de l’ennemi et s’emparer des hauteurs qui commandent l’Adige et le Mincio, et qu’occupaient les Piémontais. Le 23, le matin, la gauche de Radetzki s’étendit légèrement jusque vers Roverbella, pour surveiller la quartier général de Charles-Albert; la droite, en colonnes nombreuses et fortement appuyée au centre, se dirigea sur les collines de Sona et de Somma Campagna. Le général piémontais de Sonnaz, qui commandait cette aile affaiblie, n’avait que 12 000 hommes pour résister à près nisT. d’italie. 35

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