LIVRE XVII
de 40 000 : il fut obligé de céder. Charles-Albert, de Villa Franca, vit lui-même l’impossibilité de remédier immédiatement au vide qu’il avait laissé; il abandonna le village de Custozza, tandis que de Sonnaz, menacé d’être coupé, évacua Rivoli et il repassa avec sa division sur la rive droite, par Mozambano, dont il fit détruire le pont.
Le lendemain, dès le matin (24), le maréchal, continuant son mouvement, donna l’ordre de passer le Mincio sur deux points, pour s’établir à cheval sur la rivière et attaquer son adversaire avec l’avantage de cette position. Le roi, qui avait concentré ses troupes, sortit enfin de l’inaction et se dirigea sur les hauteurs abandonnées' la veille, avant que Radetzki eût achevé sa conversion. Le général Bava au centre, les princes de Savoie et de Gênes aux deux ailes, reprirent vigoureusement Custozza et Somma Carapagna, après quatre heures d’engagement. L’échec de la veille était presque réparé; le lendemain, dès le matin, six heures, les Italiens recommencèrent le combat et montèrent à l’assaut de Sona pour rejeter l’ennemi dans le val du Mincio, vers de Sonnaz qui avait occupé sur la rive droite les hauteurs de Volta parallèles à celles de Custozza. Radetzki était perdu si le mouvement réussissait; mais le maréchal avait, pendant la nuit, repassé avec une partie de ses troupes sur la rive gauche, et donné à Vérone l’ordre d’envoyer une nouvelle brigade sur le flanc des Piémontais.
C’était un jour d’étouffante chaleur. Le général de Sonnaz n’agit point à Volta ; Bava ne fut pas long à s’apercevoir qu’au lieu d’attaquer l’ennemi, il allait être obligé de se défendre ; il reprit ses positions de la veille, après avoir déjà fatigué ses troupes. Les Autrichiens, en gravissant la montagne si disputée de Somma Campagna, perdirent quelques hommes par la chaleur; Radetzki se montra au milieu de ses régiments et parla de donner l’exemple à la tête de ses grenadiers. Le * Piémontais Bava et les deux princes, attaqués en tête et en flanc, résistèrent jusqu’au soir; mais ils furent enfin obligés d’abandonner la position avec son gros village de Custozza, et de se replier avec
d’assez grandes pertes à Villa Franca : c’était une défaite.
Le soir, à minuit, pendant que les Autrichiens reposaient sur le champ de bataille, Charles-Albert commença sa retraite, sur la rive droite, par Goïto, et dépêcha un courrier en France pour demander des secours et la possession du Lombard-Vénitien. Le lendemain il livra encore un combat assez malheureux à Volta, pour gagner le temps de s’établir sur un autre affluent du Pô. Radetzki ne lui laissa ni le temps de s’établir ni celui de recevoir des secours. Charles-Albert ne put s’arrêter ni sur l’Oglio, ni à Crémone, ni sur l’Adda, pendant quatre jours de retraite et de poursuites précipitées. Tandis que l’ennemi prenait déjà position à Lodi, à Monza, à Pavie même, il rentra à Milan le 3 août, avec une armée moitié découragée et débandée, et y trouva un comité de guerre composé de républicains, rétabli et presque menaçant.
Lombards et Piémontais, au moment suprême, ne surent pas s’entendre. Le comité de guerre envoyait des émissaires soulever Brescia, Bergame et la Vénétie, et faisait barricader les portes de Milan et ses faubourgs. Charles-Albert, ayant son parc d’artillerie au delà du Pô et une partie seulement de ses troupes avec lui, ne pensa pas que la ville eût assez de provisions de bouche et de guerre. Le gouvernement français n’acceptait pas qu’on mît des conditions à son intervention. Les Piémontais et les Milanais s’accusaient mutuellement; ils faillirent en venir aux mains. Dans cette triste situation, Charles-Albert signa une capitulation, le 6 au soir, et partit, dans la nuit, de Milan ; les troupes piémontaises évacuèrent la ville le lendemain (7), suivie d’une foule considérable de citoyens qui fuyaient les vengeances de l’Autriche; et Radetzki y entra à la tète de ses troupes victorieuses. Le même jour l’ambassadeur piémontais demanda sans condition l’intervention française : mais il était trop tard. Charles-Albert dut signer un armistice, aux «termes duquel il cédait les forteresses de Peschiera, de Roca d’Anfo, avec le matériel de défense, et promettait de retirer de la Vénétie ses forces de terre et de mer. « La bannière impériale, put dire