‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 279 sur 338 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

la foule fort animée et hostile sur son passage, un misérable s’avance, lui porte à la gorge un coup de couteau et disparaît. Rossi fait encore un pas et tombe. L’assemblée était en séance, occupée à se constituer. La nouvelle s’y répand en un clin d’œil; profond silence d’anxiété et d’effroi ; puis la discussion entamée reprend sans qu’un mot ou un geste témoigne des sentiments de l’assemblée.

Ce forfait isolé, tout porte à le croire, fut le coup le plus funeste pour l’avenir de la péninsule ; il mit entre l’Italie et la conscience de Pie IX une tache de sang ; il précipita une révolution à qui on pouvait reprocher d’avoir débuté par un crime. Les radicaux, les libéraux même, se croyant débarrassé d’un obstacle, voulurent faire un pas de plus. Le lendemain les soldats et le peuple divisés en bandes se portèrent en masses compactes sur le Quirinal, demandant le rappel de Mamiani, l’entrée au conseil de Sterbini, Galletti et la constituante italienne ; l’idée de l’unité emportait maintenant toutes les imaginations. Le pape, encore tout frémissant d’indignation de la mort de son ministre, ne veut rien entendre. La foule s’émeut et devient menaçante ; une fusillade la disperse ; mais, le lendemain 17, elle revient armée; deux canons sont braqués sur la porte du Quirinal et le pape cède; Mamiani, Galctti, Sterbini, entrent au conseil; et le programme du 18, présenté au parlement romain, contient la promesse tant désirée d’une constituante italienne chargée de rédiger un traité d’union fédérale. Mais, le 25 au soir, tandis que le comte Spaur, ambassadeur de Bavière, se présentait au Quirinal pour parler à Sa Sainteté, la comtesse Spaur, sa femme, prit dans sa voiture, par une porte dérobée, le pontife habillé en simple prêtre, traversa la ville avec lui, et le mit sur la route de Gaëte. Pie IX demandait un asile pour la papauté fugitive à Ferdinand II. Il abandonnait le parti modéré et livrait la place à la révolution. De Gaëte, il écrivit qu’il ne renonçait point à ses droits et nomma par deux fois une commission exécutive; les personnages désignés refusèrent de se charger du gouvernement. Le parlement romain, pénétré de la gravité de la situation

et « pour essayer tous les moyens de conciliation avec le souverain en rentrant dans la vérité du régime constitutionnel, 53 envoya une députation des chambres et de la commune à Gaëte. Elle était chargée de supplier le saintpère ou de rentrer dans ses États ou de nommer une régence qui choisirait un ministère ; les députés ne furent pas admis sur le territoire napolitain. Il n’y avait plus de gouvernement; le pouvoir était aux plus hardis.

La nouvelle de l’injure faite à la députation romaine désarma complètement Mamiani. Le 8 décembre, une manifestation eut lieu pour demander la déchéance du pape et la formation d’un gouvernement provisoire. Les représentants nommèrent le prince Gorsini, sénateur de Rome, Zucchini, sénateur de Bologne, et Camerata, gonfalonier d’Ancône; puis ils investirent du pouvoir exécutif une junte provisoire qui devait exercer son mandat « dans les termes des statuts >3 et cesser ses pouvoirs dès le retour de Pie IX. C’était encore un moyen de sauvegarder les droits du pape. Mais le nombre des exilés et fugitifs de la Lombardie et du reste de l’Italie augmentait tous les jours à Rome. Un célèbre et audacieux partisan, Garibaldi, qui avait tenu quelque temps près du lac de Gosme, après la défaite de Gustozza, venait d’arriver à Rome. Le parti modéré était débordé. On demandait do toutes parts une constituante. Mamiani essaya encore de résister ; il fut impuissant et donna sa démission. Gallctti, Stcrbini, Armellini, vieillard septuagénaire, prirent le gouvernement le 20 décembre ; le 26 le parlement convoqua les citoyens romains au suffrage universel pour élire une constituante, et se déclara dissous.

Rome avait suivi jusque-là l’initiative do la Toscane ; elle la lui donna maintenant. Le ministère romain et la junte provisoire s’occupèrent d’organiser le suffrage universel. Florence ne voulut point rester en arrière; Montanelli, qui s’était adjoint au ministère le républicain livournais Guerrazzi, annonça le 8 janvier la convocation d’une constituante toscane, et proposa une loi pour l’élection des députés qui devaient être envoyés à la constituante italienne.

Page 1