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LIVRE XVII

Dans les États romains, trois cent quarante-trois mille votes, sur une population de deux millions huit cent mille âmes, répondirent à l’appel du gouvernement provisoire romain. Cent quarante-quatre députés, dont un seul, le général Ferrari, était en dehors des États romains, se réunirent le 6 février 1849 à Rome; et, après quinze heures de délibération, un premier décret, adopté le 9 par cent quarante-trois voix contre onze, prononça la déchéance temporelle du pape, avec garantie de son indépendance spirituelle, et proclama, comme forme du gouvernement romain, la république démocratique. Le même jour, en l’absence du grand-duc de Toscane, parti aussi l’avantveille pour Saint-Étienne, un gouvernement provisoire s’installait à Florence. Il proclama bientôt (16) aussi la république, prononça la dissolution du parlement et convoqua une assemblée constituante. Ainsi deux républiques, produit d’une effervescence générale et d’une situation désespérée, étaient nées soudainement au centre de l’Italie, entre l’armée autrichienne et l’armée napolitaine. Deux triumvirats, à Rome, Armellini, Salicetti, Montecebi ; à Florence, Guerrazzi, Montanelli et Mazzoni, furent chargés de les constituer et de les défendre.

Nouvelle guerre ; bataille de Novare ; Intervention française ; prise de Rome; chute de Venise; abdication de Charles- Albert (mars-août 1840).

Dans le premier moment d’enthousiasme, tout parut facile. Le triumvirat romain réorganisa l’armée, réunit à l’État les biens ecclésiastiques en promettant de doter le culte, émit un papier-monnaie, et décréta sur les riches familles un emprunt forcé. Dans la Toscane, Guerrazzi, avec le général Apice, entraîna les troupes ducales, qui fraternisèrent avec les siennes, et décida ainsi le grandduc à s’enfuir auprès du pape à Gaëte. Les deux républiques, romaine et toscane, parlèrent de s’unir fraternellement; Florence consentait à s’effacer devant Rome. A Parme, àFerrare, à Brescia, à Milan, où les exactions et les

vengeances autrichiennes pesaient déjà, à Gênes même, on commençait à remuer en faveur des républicains.

En réalité, rien n’était plus hasardeux que ce qui venait d’être tenté dans le centre de l’Italie. La question politique se trouvait compliquée d’une question religieuse. Les deux nouvelles républiques étaient fort mal vues des rois de Naples et de Sardaigne, celle de Rome surtout. Le pape se décida, le 16 février, à demander en termes assez ambigus, par le cardinal Antonelli, les secours des quatre puissances catholiques de France, d’Autriche, d’Espagne et de Naples. On ne pouvait douter de l’empressement de l’Autriche à restaurer le pape dans ses États. La France ne pouvait alors rester inactive. L’assemblée constituante républicaine, sortie de l’élection de 1848, envisageait la question au point de vue politique, et ne prétendait pas faire la guerre, en Italie, aux principes qu’elle avait établis en France. Le gouvernement du nauveau président, Louis- Napoléon Bonaparte, tenait plus de compte des principes religieux; il n’était pas fâché de faire quelque chose pour le souverain pontife et le parti catholique en France. Les apprêts de l’expédition se firent sans résolution bien arrêtée; et elle devait partir sans que le ministère et l’Assemblée se fussent bien clairement expliqués sur son but.

Charles-Albert, cœur vraiment italien, voyait avec peine les préparatifs de cette nouvelle intervention étrangère en Italie. Le parlement de Turin, rouvert depuis le 1er février, demandait impérieusement le renouvellement de la guerre contre l’Autriche ; Gênes même, en cas de refus, menaçait de proclamer la république. Entre l’invasion étrangère, qui menaçait l’Italie, et la république qui menaçait son trône, Charles-Albert résolut de tenter encore une fois la fortune des armes dans la guerre d’indépendance.

Le 5 mars, la chambre des députés de Turin et la consulte des réfugiés lombards ayant formellement demandé la guerre, le roi reçut la démission de Gioberti, prit un nouveau ministère dans la majorité belliqueuse, avec Ratazzi pour président, et dénonça le 12 l’armistice au maréchal Radetzki. Il ne pouvait se dissimuler que les chances

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