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LIVRE XVII

étaient très-défavorables. Il ne comptait point sur les deux nouvelles républiques, qui avaient assez de se constituer; moins encore sur le roi de Naples. Le Piémont était complètement seul, et l’armée ne marchait qu’avec répugnance à cette guerre toute « politique », imposée au roi par le parlement. Le roi, triste et sombre, sentant qu’il ne faisait point la guerre en son propre nom, mais au nom de ceux qui le poussaient, obéit comme à une nécessité fatale, et pour sortir, par la victoire ou par la mort, d’une situation désespérée.

Il s’y précipita courageusement. On ne pouvait sérieusement compter dans la Lombardie, malgré les promesses et les efforts de la consulte lombarde, que sur le patriotisme de Bergame et de Brescia, Le général Ghrzanowski concentra soixante-cinq raille hommes sur le Tessin, et donna ordre à La Marmora de se porter sur Parme et Plaisance. Malheureusement le choix des officiers n’était pas irréprochable; il y avait encore dans l’armée un certain nombre de jeunes recrues peu exercées. Radetzki ne mit en ligne que de vieilles troupes parfaitement disposées, bien pourvues, au nombre aussi de soixante mille; il chargea Nugent, Haynau, Wimpfen, de contenir derrière lui la Lombardie.

Les hostilités commencèrent le 20. A dix heures du matin, le roi passa le premier le pont de Bufl’alora sur le Tessin; le même jour une émeute éclata à Brescia. L’intention de Ghrzanowski était de rejeter les Autrichiens sur le Naviglio Grande, pour faire une pointe sur Milan; Ramorino à l’aile droite, à Mortara, était chargé d’observer l’ennemi vers Pavie et de donner la main à La Marmora. Mais Radetzki, pendant la nuit du 19 au 20, avait replié ses troupes sur Pavie ; il jeta, de son côté, un pont sur le bas Tessin et fit passer deux brigades sur la rive droite, sans rencontrer aucune résistance de la part de Ramorino, qui resta inactif. Cette faute grave perdit tout. Le 21 l’armée piémontaise repassa le Tessin, pour se porter au-devant des Autrichiens, qui continuaient à déboucher de Pavie. Durando fut envové en avant-garde pour renforcer la position de

Mortara; Chrzanowski dirigea le reste sur Sforzcsca et Vigevano pour le soutenir. Mais le retard des vivres arrêta plusieurs brigades. Les Piémontais soutinrent un brillant combat le 21 à Sforzesca, sans pouvoir empêcher les Autrichiens d’achever leur mouvement, et Durando, presque isolé à Mortara, se laissa enlever ce village dans un combat de nuit, avec perte de deux mille hommes tués ou pris.

11 fallut songer à battre en retraite sous Novare, « pour y risquer le tout pour tout. » Chrzanowski rangea les 44 000 hommes qui lui restaient sur une ligne profonde d’environ 3000 mètres de longueur. L’ennemi paraît le 23 mars au matin, et porte tous ses efforts sur les hauteurs de la Bicocca, pour tourner la gauche piémontaise. Le roi y reste au milieu d’une pluie de projectiles ; ses deux fils, les ducs de Savoie et de Gênes, à la tète de leurs brigades, chassent deux fois les ennemis de la Bicocca. Mais au moment où Chrzanowski s’apprête à faire un mouvement sur sur la droite pour dégager la gauche, le village de la Bicocca est pris et la route occupée. C’était la clef de la position ; la gauche se débande sur Novare, le centre et la droite commencent à reculer. Charles-Albert essaye de les ramener, sinon pour vaincre, au moins pour mourir; « la mort même ne veut pas de lui. » Le soir, à huit heures, le malheureux roi rassemble les princes, les généraux, son conseil. « Messieurs, dit-il, je me suis sacrifié à la cause italienne ; pour elle j’ai exposé ma vie, celle de mes enfants, mon trône; je n’ai pas réussi. Je comprends que ma personne pourrait être aujourd’hui le seul obstacle à une paix nécessaire. Je ne pourrais pas la signer. Puisque je n’ai pu trouver la mort, j’accomplirai un dernier sacrifice à mon pays; je dépose la couronne et j’abdique en faveur de mon fils, le duc de Savoie. » Il partit, le soir même, sans dire où il allait; et Victor-Emmanuel II fut chargé de négocier la paix. Il commença douloureusement son règne, en signant un armistice, et en envoyant un de ses généraux pour soumettre Gênes qui, plutôt que d’accepter la paix, voulait proclamer la république.

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