‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 282 sur 338 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

La défaite do Novare entraîna la chute de Brescia. Depuis trois jours maîtres de la ville et bien barricadés dans les rues, les Brescians ne pouvaient croire aux mauvaises nouvelles venues du Tessin. Ils firent pendant deux jours consécutifs (27 et 28) de vigoureuses sorties dans une desquelles ils prirent Nugent. La nouvelle de la conclusion de l’armistice, arrivée le 29, trouva encore des incrédules et exalta le patriotisme des autres jusqu’au délire; on jura de s’ensevelir sous les ruines de la ville. Haynau arriva le 31, et menaça vainemept la ville du sac, du pillage et d’une ruine complète. Après un combat acharné, il ne resta maître le soir que de deux portes et de quelques maisons en ruines. Le lendemain, 1er avril, le combat recommença avec une égale fureur; la municipalité traita au milieu du jour; mais un certain nombre de malheureux refusèrent d’abandonner les barricades et se firent tous tuer au milieu d’horribles scènes de massacre et d’incendie. La prise de la ville avait coûté aux Autrichiens 1 général, 3 colonels, 38 officiers et 1500 homme; 300 maisons étaient détruites. Haynau se fit livrer encore près de cent chefs de l’insurrection, qui furent décapités sans pitié, et mit sur la province un impôt de 6 millions.

Les illusions de la démocratie romaine ne furent point ébranlées par les revers successifs de la cause de l’indépendance. La Marmora, après avoir débouché sur Gênes avec sa division par les vallées de Polcevera et de Bisagno, emporta le 5 avril le faubourg Saint-Pierre-d’Arena et le palais Tursi-Doria sur les républicains, et leur permit de s’embarquer. Le 20 avril, le général napolitain Filangieri, après la dénonciation de l’armistice au parlement sicilien, par Ferdinand II, apparut en vue de Taormina, au pied de l’Etna, et s’en empara le 4. Le 12, à Florence, le gonfalonier Ubaldino Peruzzi, encouragé par les mouvements des Autrichiens sur Pontremoli et Fivizzano, se mit à la tête de la garde civique et reprit le pouvoir au nom du grandduc et de la constitution.

Mais Mazzini, arrivé à Rome depuis le 6 mars, était entré dans le triumvirat le 29, jour où la défaite de Novare

avait été apprise à Rome. Nouveau Rienzi, mêlant les passions du tribun avec les élans du mystique, il pensait sauver tout en évoquant, dans la ville éternelle, Dieu et le peuple, sur les ruines du gouvernement et de l’Église. Il croyait venu, au milieu de tous ces désastres, le règne qu’il avait si longtemps rêvé. «Italiens, frères, disait-il, le Piémont trahi, Gênes tombée, la Toscane agitée par les tentatives d’une réaction coupable, la vie, la véritable vie italienne se concentre dans Rome. Que Rome soit le cœur de l’Italie . Qu’elle accomplisse des actions dignes de ses pères. C’est de Rome que, par la force de l’exemple, la vie doit refluer aux membres épars de la grande famille italienne. Le nom de Rome, de la Rome du peuple, la Rome républicaine, sera béni en Italie, et pour longtemps glorieux en Europe. » Après la guerre royale il annonçait la guerre républicaine et proclamait la levée en masse.

Les armées catholiques de l’Europe marchaient déjà contre lui. Les Autrichiens s’établissaient à Parme et à Modène pour marcher bientôt sur Bologne; une armée napolitaine se rassemblait sur Garigliano. La souveraine de l’Espagne armait dans ses ports. Le 25 avril enfin, le général français Oudinot débarqua avec sept mille hommes à Civita Vecchia. Que venait faire au juste cette nouvelle armée? on ne le savait trop encore. Le gouvernement français avait dit récemment, par l’organe de M. Odilon Barrot, « qu’il n’entrait pas dans sa pensée d’imposer à l’Italie un gouvernement, ni celui de la république, ni un autre. Son seul but était de se trouver présent aux événements dans le double intérêt de l’influence française et de la liberté qui pourrait courir des dangers. » Le général Oudinot proclama lui-même, en prenant possession de Civita Yecchia, « qu’il ne venait point imposer aux populations un gouvernement qui serait opposé à leurs vœux. » Les Romains ne savaient que penser. Ils croyaient l’Assemblée française plutôt favorable qu’hostile et avaient élevé à la présidence de l’Assemblée Charles Bonaparte, prince de Ganino , dans l’espoir de flatter le président de la république française. Après quelques pourparlers assez aigres,

rement préoccupé de sauvegarder l’honneur des armes françaises, ne cacha point son désir de venger l’affront qu’elles avaient essuyé. M. de Lesseps, envoyé extraordinaire, arrivé bientôt à Rome, fit provisoirement suspendre les hostilités, et tenta d’obtenir par négociation l’occupation pacifique du territoire romain à titre de protection.

Mais, pendant cet armistice, les autres gouvernements chargés d’intervenir poursuivirent leurs progrès contre la révolution. Le 18 mai les Autrichiens rétablirent le duc Charles III à Parme. Le maréchal d’Aspre, sur l’invitation du grand-duc de Toscane, Léopold II, occupa Pise et Lucques. La municipalité florentine, qui avait elle-même rétabli le gouvernement du grand-duc, fit en vain des représentations; le commandant autrichien arriva le 11 devant Livourne, occupée par les républicains, pointa ses canons contre les murailles à sept heures du matin, entra par la brèche, et resta maître de la ville à midi, après quelques excès. Florence elle-même fut obligée d’ouvrir ses portes; c’était la volonté du grand-duc, qui ne voulait plus même entendre parler de constitution. Les Autrichiens y entrèrent le 25, et y désarmèrent, comme partout, la garde civique. Dans la Sicile, le général Filangieri continua son mouvement, emporta Catane, et se dirigea sur Palerme. Le Polonais Mieroslawski, audacieux soldat et ardent tribun, fit merveille avec une petite armée composée plutôt de volontaires étrangers que de Siciliens ; mais l’armée napolitaine arriva néanmoins bientôt devant Palerme, disposée à la traiter comme Messine. Grâce aux amiraux français et anglais la capitale obtint le 15 mai capitulation, et une amnistie dont furent exceptées cependant cinquante-trois personnes.

Dans les États romains, les Autrichiens et les Napolitains n’avaient pas non plus déposé les armes. L’autrichien Wimpfen était arrivé devant Bologne depuis le 8 mai; le général Bellini et le professeur Alcssandrini défendirent quelque temps la place. Mais le 12 un corps de volontaires, parti de Rome, sous la conduite de Montarini, fut vigoureusement repoussé, un bombardement sémsi. D’ITALIE. 36

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