‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 288 sur 338 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

La cour de Gaëte parut d’abord vouloir regarder comme non avenue cette lettre écrite tout à fait en dehors des voies diplomatiques. Cependant un moto proprio du 19 septembre accorda une amnistie à tous ceux qui n’avaient point participé comme députés ou chefs militaires à l’établissement de la république, et promit une réorganisation administrative et judiciaire. Ce n’était pas encore tout ce qu’avait demandé Louis-Napoléon Bonaparte, ni tout ce que désirait le gouvernement français. L'accomplissement même de ces promesses se fit longtemps attendre. Ces résistances mal déguisées de l’esprit clérical contre un protecteur plein de ménagements mais français, la désaffection profonde ou l’indifférence des populations romaines, la difficulté d’une réorganisation sérieuse du gouvernement au milieu de pareilles circonstances, retardèrent longtemps la rentrée du pape à Rome.

Pie IX, en effet, ne fit sa rentrée à Rome que le 4 avril 1850, escorté par le général français Baraguay-d’Hilliers et le prince Altieri, commandant de la garde noble. La conduite de Pie IX rentré à Rome fut plus prudente, plus dégagée des influences qui l’avaient de nouveau emporté sur lui à Gaëte et à Portici; il remercia cette fois en termes explicites « la nation française et l’illustre président de la république qui s’étaient fait une gloire de le ramener dans les murs de Rome. » Le 10 septembre 1850 enfin, le cardinal Antonelli organisa par deux édits les départements ministériels, établit un conseil d’Ètat, et, dans les deux mois suivants, promit une consulte des finances, et réorganisa l’administration des provinces et celle des communes.

Le plus important des ministres du saint-père, selon la nouvelle organisation, fut le ministre secrétaire d’État, président du conseil, chargé à la fois des rapports avec l’étranger, de la signature et de la promulgation des lois à l’intérieur. Ce ministre ne pouvait être qu’un cardinal. Le conseil d’État, composé de neuf membres ordinaires et de six extraordinaires, nommés par le pape, et présidé par le cardinal secrétaire d’État, n’émit que de simples opinions

L’ITALIE

et quand il fut consulté. La consulte des finances, nommée aussi directement par le pape ou sur une liste de candidats formée par les conseils provinciaux, n’eut pouvoir que de reviser, de donner des avis, et put être dissoute. Les États romains furent divisés en quatre légations : Bologne, Ancône, Pérouse et Bénévent; Rome et les environs demeurant sous un régime spécial. Les communes restèrent administrées par une magistrature désignée par le pouvoir, et par des conseillers municipaux élus par certaines catégories d’électeurs. C’étaient, on le voit, de bien faibles concessions auprès de ce que Pie IX avait paru vouloir faire au commencement de son pontificat. Aussi l’état financier laissa encore grandement à désirer. Le saint-siège trouva difficilement à effectuer un emprunt; les juridictions mixtes et les juridictions ecclésiastiques, ainsi que maintes formes surannées de procédure, continuèrent à subsister. Les améliorations projetées dans l’instruction, le commerce, les voies de communication, restèrent longtemps encore suspendues. Des capitaux cherchèrent à s’engager dans des projets de chemin de fer romain ; ils se retirèrent promptement. La nouvelle organisation communale fit même rétrograder les municipalités romaines au delà de 1816. Somme toute, le gouvernement temporel ne se soutient que par l’appui des troupes étrangères, qu’il supportait avec peine.

Occupée par les Autrichiens, la Romagne surtout continua d’être opprimée avec une dureté sans exemple. La sentence prononcée par les généraux autrichiens était presque aussitôt exécutée, et en huit années plus de cinq cents condamnés politiques eurent à peine le temps de mettre ordre à leurs affaires et de se recommander à Dieu. La présence de nos troupes à Rome empêcha de semblables excès, mais les conseils les plus persévérants et les plus éclairés ne purent obtenir de la cour de Rome, tout occupée d’affermir sur le monde catholique son autorité spirituelle, qu’elle fit des efforts réels pour améliorer le sort de ses sujets.

Le Piémont fit seul une honorable exception au milieu

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