‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 29 sur 338 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

mais elle fut obligée de fuir avec lui devant la colère des compagnons d’Alboin, auprès de l’exarque de Ravenne ; elle y mourut, forcée d’achever la coupe de poison qu’elle avait servie à Helmilchis, dont elle voulait se défaire pour épouser Longin, amoureux do ses trésors.

IiCa trente-ali duché» lombard» (4ÏS-SS4).

Les chefs Lombards élurent un nouveau roi pour achever l’œuvre commencée. Ce brave, nommé Kleph, inaugaura brillamment son règne : il resserra Ravenne par la prise de Rimini, bâtit une forteresse là où devait s’élever plus tard Imola, et conduisit ses guerriers jusque dans le Midi où il établit un duc dans Bénévent, pour poursuivre la conquête contre Naples, Amalfi, la Calabre et le Brutium, restés au pouvoir des Grecs. Maîtres des points importants, les vainqueurs dépossédèrent alors les propriétaires romains dans le pays conquis, soit en les massacrant, soit en les chassant du pays, soit en les réduisant à une sorte de servage. Peu satisfaits de la largo part que s’ésaient faite autrefois les Hérules et les Ostrogoths, ils prirent tout ce qu’ils purent ; ce qui resta des anciens habitants fut réduit à peu d’exceptions près à l’état de colon ou de tributaire. L’avidité des conquérants était telle qu’après la mort de Kleph, tué en 575 par un de ses fidèles, les ducs encouragés par la jeunesse de son fils ne lui donnèrent point de successeur, et se partagèrent les domaines royaux ; mais cette faute les empêcha d’achever dans le premier moment de la terreur la conquête de toute la péninsule et laissa toujours une partie indépendante de leur domination.

Au nombre de trente-six, les principaux chefs s’établirent avec leur suite de guerriers, non pas dans des châteaux ou des métairies isolées, comme les autres barbares, en Gaule, en Espagne et en Afrique, mais dans los villes les plus importantes, à Pavie, à Bergame, à Brescia, etc.; et là, ils continuèrent, chacun pour soi et en détail, l’œuvre de la spoliation. A demeure dans les palais et les plus

splendides maisons, ils enlèvent aux habitants des cités, à moins de stipulations particulières à quelques-unes, le droit d’administrer leurs affaires, comme à ceux de la campagne la libre propriété de leurs biens. Des guerriers de moindre importance, mais non de moindre avidité, se répandent dans les plus petites villes et les villages. Toute vie municipale et toute propriété personnelle sont enlevées aux vaincus, devenus le jouet d’une tyrannie capricieuse. La population émigre dans les îles voisines. Le désert se fait dans les villes, où les monuments et les murailles se dégradent, et dans les campagnes, où les landes reparaissent. « En vérité, peut s’écrier bientôt saint Grégoire, le pays que nous habitons n’annonce pas seulement la fin du du monde, il la réalise. »

En divisant cependant leur action, les barbares affaiblirent leur puissance et se mirent en péril. Au midi, le duc de Bénévent échoua au siège de la ville de Naples, et ne réussit que contre le monastère du mont Gassin, fondé par Benoît de Nursie en 529, et qui grandissait depuis au milieu des ruines do l’Italie. Los religieux, dispersés après le pillage de leur trésor, furent obligés, pour un temps, de se réfugier à Rome. Au nord, en 577, d’autres Lombards qui passèrent les Alpes occidentales dans le royaume de Burgondie furent complètement défaits par le général du roi Gonthran, Mummolus. Au centre le duc de Spolète, qui s’était avancé un peu trop près de Rome, fut repoussé par un corps d’armée que l’empire d’Orient avait envoyé à Ostie sur la demande du pape. Bientôt l’empereur Tibère, qui tenait à l’Italie, contracta alliance avec les Francs ostrasiens dans le dessein d’arrêter les ravages de barbares qui s’attaquaient à tous, et il songea à pousser aussi contre eux les Avares. Ges menaces du dehors, et la misère où toutes ces tyrannies particulières réduisaient l’Italie, firent sentir aux Lombards la nécessité de concentrer de nouveau les forces do la nation entre les mains d’un seul chef.

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