‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 30 sur 338 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

AutharlK, Tlii'odrllnde; saint Orégolrei le Grand; Ica Lombard* convertis (btl-dld).

En 584 les ducs portèrent leur choix sur le filsdeKlcph, Autharis, et lui restituèrent tous les domaines dont ils s’étaient emparés. Les conquérants devaient s’unir pour se défendre; Autharis se montra digne de la royauté. Le pape Pélage II conspirait ; un gasinde du roi Lombard devait soulever les Italiens ; les Francs de Ghildebert, sur la promesse d’une somme de cinquante mille pièces d’or, et une armée impériale débarquée dans l’exarchat, s’apprêtaient à envahir la Lombardie ; les ennemis du dehors et du dedans s’entendaient. Autharis empêcha habilement la jonction des Francs et des Grecs, rejeta les premiers au delà des Alpes , reprit aux autres Parme et Plaisance qu’ils avaient enlevés et, dans une course hardie, s’avança jusqu’au fond de la Calabre, où, touchant fièrement de sa lance une colonne élevée près de Reggio, sur le bord de la mer, il jura de fixer à cette limite de l’Italie la limite de son royaume. Cet heureux début étendit au loin sa réputation. Il alla déguisé en messager demander en mariage la belle Théodelinde, fille de Garibald, duc des Bavarois; il osa lui toucher furtivement la main en lui rendant la coupe de l’hospitalité, et il se fit reconnaître, quand il prit congé, à la manière dont il planta de loin sa hache dans un chêne. De crainte d’être donnée à un roi franc, Théodelinde s’échappa de la cour de son père, et vint partager la couronne de ce vaillant chef.

Le plus grand service rendu par Autharis aux Lombards fut d’affermir leur conquête en la régularisant, en fixant les droits des vainqueurs et des vaincus. Les conquérants formèrent une aristocratie territoriale soumise à la même hiérarchie qu’ils avaient observée lorsqu’ils n’étaient qu’un corps d’armée. Ils jouirent à peu près seuls du privilège de la liberté comme de celui de la propriété. Les anciens habitants, partagés dans les villes par corps de métiers* et dans les campagnes par domaines, réduits à la condi-

tion d ’aldies ou non libres, durent à leurs maîtres une part de leur travail, qui ne fut jamais bien fixée pour les artisans, mais qui pour les colons équivalut au tiers des produits. Le roi envoya dans ses domaines des officiers ou gastaldes pour administrer ses biens, percevoir ses revenus et rendre la justice à ses sujets romains. Les ducs suivirent cet exemple dans leurs possessions particulières. L’assujettissement des anciens habitants, qui n’eurent plus au-dessous d’eux que leurs esclaves, fut consommé, en même temps que leur spoliation, partout où les barbares furent maîtres. Une nouvelle constitution sociale commença ; les débris de l’organisation romaine achevèrent de disparaître pour laisser voir les premières bases de l’édifice féodal du moyen âge.

La mort prématurée d’Autharis en 591 eût compromis ces résultats sans les mérites de sa veuve Théodelinde. Les ducs lombards, que la mâle beauté de celle-ci avait séduits, voulurent qu’elle choisît son nouvel époux parmi eux et le fît roi. Dans un banquet, après avoir vidé la coupe de l’hospitalité, elle l’offrit avec sa main au duc de Turin, Agilulf, Thuringien de naissance, qui résolut de tourner toutes ses forces contre l’exarchat pour réunir l’Italie entière sous sa loi.

Cette conquête paraissait facile. L’empereur d’Orient avait essayé de resserrer entre les mains de l’exarque le gouvernement militaire et politique des provinces italiennes restées en son pouvoir. Le duc de Naples, celui de Sicile, les tribuns ou comtes militaires résidant à Rome, à Venise, à Gaëte, à Gênes et dans d’autres petites villes, avaient été mis sous ses ordres immédiats. Mais l’éparpillement de ces provinces séparées les unes des autres par la conquête lombarde, en empêchant Ravenne de communiquer immédiatement avec Venise, Rome avec Ravenne, et Naples avec Rome, anéantissait réellement son autorité.

Ce fut alors que, avec le pape saint Grégoire, apparut en Italie une puissance sur laquelle on ne comptait pas, mais que la prééminence prise naturellement alors par l’Eglise,

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