LIVRE XVIII
pas aussi bonnes que par le passé. » Le 10, Victor-Emmanuel II ouvrit le parlement sarde au milieu d’un silence souci, et termina son discours par ces mots : « L’horizon au milieu duquel se lève la nouvelle année n’est pas parfaitement serein.... Si nous respectons les traités, d’autre part nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui de tant de parties de l’Italie s’élève vers nous. » Le 13, Ratazzi, prenant possession de la présidence de la chambre des députés, conjura les partis de se tendre la main, de se rallier dans « une seule et commune pensée ». Le 17 enfin, le prince Napoléon, cousin de l’empereur, débarqua à Gênes, et vint demander en mariage la princesse Glotilde, fille de Victor-Emmanuel. Le 23, cette union, symbole de l’alliance de l’Italie et de la France, fut consommée à Turin aux cris de : Vive l’Italie! vive la France! vive Victor-Emmanuel! vive Napoléon!
Les faits suivirent les paroles avec une égale rapidité. L’Autriche augmentait alors ses garnisons à Milan, à Vérone, à Ancône, à Bologne, et commençait à diriger son avant-garde sur le Tessin. Le 7 février, de Gavour présenta un projet d’emprunt pour la défense du royaume. Ses discours, qui puisaient dans les circonstances actuelles une éloquence nouvelle, montraient que la provocation ne venait pas de l’Italie, mais de l’Autriche, qui, transformant Plaisance, contre les traités, en une forteresse de première classe, accumulait les troupes sur la frontière, et ne pouvait être satisfaite que par la ruine, non-seulement de toute indépendance, mais de toute liberté dans le Piémont. Il finit par se concilier jusqu’à la droite féodale, qui sentit, elle aussi, que l’honneur du pays était attaqué. Le vote de l’emprunt fut une véritable déclaration de guerre, que salua silencieusement l’Italie frémissante.
Il fallait pourtant compter avec certitude sur l’appui de la France, et la guerre d’Italie n’était guère populaire au delà des monts. Mais les menaces de l’Autriche, le langage des journaux de Vienne, les mesures qui annonçaient l’invasion du Piémont, le sentiment libéral qui se réveillait enfin en France, comme après un long sommeil, travaillè-
L’ITALIE
rent. pour l’Italie. De Cavour rapporta d’un rapide voyage à Paris les meilleures espérances, reçut les volontaires italiens qui arrivaient de toutes parts, et, plein de confiance dans l’avenir, obtint facilement que le statut fût suspendu et les pouvoirs concentrés entre les mains du roi. Presque au même instant le baron de Kellersberg apportait une sommation de désarmer dans les trois jours. M. de Cavour refusa. La guerre commença aussitôt, 27 avril. Tandis que les Autrichiens passaient le Tessin, les premières colonnes françaises débouchèrent des Alpes.
nouvelle Intervention française ; magenta et solférlno.
La campagne fut courte, mais rapide. L’empereur Napoléon III se trouvait déjà le 14 mai à Alexandrie, organisant quatre corps d’armée au nombre de 100 000 hommes qu’il joignit aux 40 000 hommes de Victor-Emmanuel. Heureusement le feld-maréchal Giulay avait perdu plusieurs jours dans les marais de la Lomelline ; mais, abandonnant l’offensive, il s’était fortifié derrière le PÔ et la Sesia, en s’appuyant sur Pavie. L’empereur Napoléon, en se portant à sa droite sur Montebello où eut lieu un brillant combat, fit mine de menacer de ce côté les Autrichiens, puis, opérant à l’insu de l’ennemi un mouvement tournant, porta toute son armée sur sa gauche vers Novare, et jeta le général Mac-Mahon au delà du Tessin. Le 4 juin, le feldmaréchal Guilay posté à Magenta fut attaqué en tête par les corps français qui passaient au fur et à mesure le Tessin sous les yeux de l’empereur, et en flanc par le général Mac-Mahon. Pendant quelque temps la bataille resta indécise par le retard de quelques corps français. Mais lorsque le général Mac-Mahon arriva sur Magenta, la garde aborda les redoutes où l’ennemi s’était fortifié sur un canal parallèle au Tessin, et les emporta après une lutte héroïque.
La victoire de Magenta fit perdre à l’Autriche la Lombardie avec sa capitale. Le feld-maréchal Giulay avec une grande précipitation évacua Milan qui commençait à re-