LIVRE XVIII
muer sous sa main et abandonna Pavie et Plaisance. Tandis que le général Baraguay-d’Hilliers achevait de repousser l’ennemi au combat deMelegnano, l’empereur Napoléon entra le 8 juin à Milan et dans un discours solennel, invita les Italiens à se faire tous soldats, pour être le lendemain citoyens d’uu grand pays. L’Italie avait déjà répondu à son appel. Avant Magenta, le grand-duc de Toscane avait été obligé de quitter ses États. Le prince Napoléon, cousin de l’empereur, était déjà en train d’y organiser avec de nouvelles troupes françaises des volontaires italiens. Après Magenta, le duc de Modène, la duchesse de Parme quittèrent leur capitale ; le gouverneur pontifical s’enfuit de Bologne abandonné par les Autrichiens, et le roi Ferdinand II mourut au bruit de nos victoires, laissant un trône ébranlé à son fils François.
Le 12 juin, Napoléon III reprit sa marche, ayant à sa gauche le roi Victor-Emmanuel, tandis que Garibaldi se jetait déjà dans les Alpes avec des volontaires. L’empereur d’Autriche, François-Joseph était venu prendre le commandement de son armée, pour défendre le Mincio ; les feld-maréchaux, Hesse et Schlick, étaient sous ses ordres. Entre Peschiera et Mantoue, en avant du Mincio, s’élève un groupe de hauteurs escarpées qui a pour centre Solferino. Les Autrichiens l’avaient longtemps étudié et choisi comme champ de manœuvres. C’était la clef du célèbre quadrilatère. L’empereur d’Autriche pouvait réunir sous sa main 200 000 hommes. Il avait fait mine d’abandonner cette position le 22 pour la réoccuper en effet dans la nuit du 23. Les premières colonnes françaises et piémohtaises, en marche dès deux heures du matin se heurtèrent vers cinq heures contre l’ennemi. Victor-Emmanuel et les Piémontais étaient à l’extrême gauche, soutenus par le maréchal Baraguay-d’Hilliers ; les généraux Mac-Mahon et Niel au centre ; Canrobert à l’extrême droite, dans la plaine. A six heures, l’empereur des Français à Montechiari, voyait tous ses corps engagés, les faisait soutenir l’un par l’autre, et comprenait qu’il fallait emporter Solferino au centre, pour empêcher les Autrichiens de le tourner. A midi, le
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drapeau français flotta sur la tour du village de Solferino plusieurs fois pris et repris. L’empereur EYançois-Joseph ne put tenir dans Gavriana, et donna alors l’ordre à ses différents corps, qui s’étaient jusque là maintenus, de se replier. Après une bataille de douze heures, qui occupa une étendue de cinq lieues, un orage épouvantable accompagné de grêle et de pluies torrentielles permit aux Autrichiens d’effectuer leur retraite. L’empereur Napoléon, le soir, prenait son quartier général dans la chambre même qu’avait occupée le matin l’empereur François-Joseph.
Le 3 juillet, Napoléon III avait passé le Mincio, tandis que Victor-Emmanuel investissait Peschiera, et le général Baraguay-d’Hilliers, Mantoue. On s’attendait à une nouvelle bataille sous les murs de Vérone. Mais la révolution agitait derrière les Français les États de l’Église, et, devant les victoires de l’armée française, l’Allemagne et peut-être la Russie commençaient à s’émouvoir. Napoléon III, croyant devoir s’arrêter à temps, pour éviter ce double péril, proposa la paix à François-Joseph. Elle fut conclue dans une entrevue à Villafranca où en furent signés les préliminaires.
D’après ces préliminaires :
« Les deux souverains favoriseraient la création d’une confédération italienne.
« Cette confédération serait sous la présidence honoraire du saint-père.
« L’empereur d’Autriche céderait à l’empereur des Français ses droits sur la Lombardie, à l’exception des forteresses de Mantoue et Peschiera, de manière que la frontière des possessions autrichiennes partirait du rayon extrême de la forteresse de Peschiera, et s’étendrait en ligne droite le long du Mincio jusqu’à la Grazie, de là à Scarzarolo et Luzzara au Pô, d’où les frontières actuelles continueraient à former les limites de l’Autriche. L’empereur des Français remettrait le territoire cédé au roi de Sardaigne.
« La Vénétie ferait partie de la confédération italienne, tout en restant sous la couronne de l’empereur d’Autriche.