LIVRE XVIII
« Le grand duc ae Toscane et le duc de Modène rentreraient dans leurs Etats en donnant une amnistie générale.
« Les deux empereurs demanderaient au saint-père d’introduire dans ses Etats des réformes indispensables.
« Amnistie serait accordée pleine et entière aux personnes compromises à l’occasion des derniers événements dans lés territoires des parties belligérantes. »
L’empereur Napoléon ne se dissimulait pas les difficultés d’une pareille paix ; l’Italie avait espéré davantage. La confédération proposée répondait, il est vrai, aux traditions locales et aux aspirations même récentes des Italiens. Mais l’entrée de l’Autriche pour la Vénétie dans la 'confédération, la réconciliation des princes chassés avec leurs sujets, étaient-elles aussi faciles ? Tandis que les plénipotentiaires français et autrichiens se rendirent à Zurich pour faire la paix définitive, on commença à voir combien les conditions en étaient précaires. M. de Cavour, qui les désapprouvait, donna sa démission. Victor-Emmanuel II le remplaça par M. Ratazzi. L’empereur Napoléon III sollicita vivement le pape de faire à Rome les réformes nécessaires, l’empereur d’Autriche d’améliorer le sort de la Vénétie, et les princes Italiens de travailler à leur restauration par des concessions opportunes. Ce fut en vain. Tandis que Victor-Emmanuel prenait possession de la Lombardie, M. Buoncompagni à Florence, M. Farini à Modène, M. d’Azeglio à Bologne, s’emparèrent du pouvoir, conclurent une ligue militaire défensive et convoquèrent les populations à disposer de leur sort, par le suffrage universel. Les assemblées issues de ce vote agirent en dehors des préliminaires de Villafranca, déclarèrent les anciens pouvoirs déchus et demandèrent l’annexion de leurs pays au royaume de Sardaigne avec Victor-Emmanuel II pour roi (septembre).
L’Italie abandonnait la confédération pour marcher à l’unité ; l’empereur Napoléon dut s’attacher seulement à éviter le retour des hostilités en empêchant toute intervention de la part de l’Autriche, et tout emploi de la violence dans les mouvements italiens. Le traité de Zurich, qui con-
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fîrma (10 novembre) les préliminaires de Villafranca, fixa les limites des possessions autrichiennes et sardes, en laissant les quatre places du quadrilatère à l’Autriche; maie elle ne se préoccupa point de l’organisation intérieure de l’Italie. L’Italie s’en chargea elle-même, à ses risques et périls.
Le mouvement national et les annexions ; de Cuvour et «arlbaldl (lMO-186t).
L’année 1859 avait donné à l’Italie l’indépendance, l’année 1860 lui donna l’unité.
Le 20 janvier 1860, M. de Gavour rentra au ministère, avec l’intention de marcher dans les voies nouvelles que semblait indiquer le mouvement d’unité sorti de la guerre. Il était décidé à ménager les susceptibilités de l’Europe, mais à marcher d’accord avec les populations. La formation d’un royaume puissant en Italie, par l’annexion des duchés de Parme et de Modène, des légations de la Romagne et de la Toscane, était un fait grave ; la politique anglaise y poussait de toutes ses forces. L’Autriche ne pouvait la voir sans un profond déplaisir ; le pape réclamait contre la spoliation ; la France hésitait entre ses sympathies pour l’Italie et ses propres intérêts. Napoléon III tenta encore un compromis qui joignait au nouveau royaume du Nord Parme et Modène, donnait le vicariat des légations à Victor-Emmanuel II, et conservait l’autonomie de la Toscane. De Cavour accepta, en réservant le consentement des populations, et celles-ci, une seconde fois consultées en mars 1860, votèrent une seconde fois avec enthousiasme leur annexion au royaume de Victor-Emmanuel. Un puissant état se formait décidément au nord de l’Italie. Le gouvernement français dut songer à ses intérêts et demander ce qu’il n’avait pas désiré devant des conséquences qu’il n’avait pas prévues. Le roi Victor-Emmanuel, qui pénétrait jusqu’au centre de l’Italie, comprit la nécessité d’accorder à la France la rectification de frontière qu’elle désirait, et lui céda au delà des Alpes, par le traité de