‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 295 sur 338 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Turin (24 mars), la province de Savoie et l’arrondissement de Nice. Le roi quittait une partie de la terre de ses pères pour la terre italienne.

Victor-Emmanuel II n’était plus en effet ni le duc de Savoie, ni le comte du Piémont ou de Nice, ni le roi de Sardaigne, mais un souverain nouveau autour duquel se groupaient toutes les espérances et les forces vives de l’Italie. La seule monarchie nationale et libérale de la Péninsule abandonnait ses provinces transalpines, pour descendre dans le bassin du Pô et dans le centre de l’Italie, sur les versants des Apennins; elle cessait d’être une monarchie provinciale, pour devenir une monarchie péninsulaire, comme la Toscane et l’Emilie cessaient d’être de petits Etats séparés pour devenir les provinces d’une grande monarchie. Le mot célèbre du prince de Metternich : « L’Italie est une expression géographique », n’élait plus une vérité. Il y avait désormais une Italie, il y avait une nation italienne.

Rien n’était plus menaçant pour les deux anciens gouvernements qui subsistaient encore au centre et au midi de l’Italie, à Rome et à Naples, où se renouvelaient presque tous les jours des manifestations en faveur de l’Italie une. Le pape Pie IX et le nouveau roi François II auraient peut-être pu arrêter le mouvement qui menaçait de les gagner, par des concessions opportunes ; ils ne songèrent qu’à se défendre. Le pape mit un général français, M. de Lamoricière, à la tête de volontaires catholiques ; le roi de Naples concentra ses troupes dans la capilale et sur les frontières. Occupés à consolider les résultats acquis, le roi Victor-Emmanuel II prenait triomphalement possession de la ville de Florence annexée, M. de Cavour faisait proclamer le royaume italien par le Parlement réuni à Turin, et obtenait de lui la confirmation de la cession de la Savoie et de Nice, lorsque des événements accomplis en Sicile annoncèrent un nouveau progrès de la révolution italienne.

Depuis quelque temps, des soulèvements, sur lesquels on n’avait que des renseignements vagues, éclataient en

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Sicile, et les comités révolutionnaires de l’Italie libre s’agitaient pour envoyer des secours à leurs frères du Midi. On apprend tout à coup que Garibaldi a débarqué le 12 en Sicile, à Marsala, avec 2000 hommes, et qu’il marche sur Messine. Le célèbre partisan qui avait opéré dans les Alpes, avec les volontaires Italiens, contre l’Autriche, avait vu avec peine la paix de Villafranca, et avec dépit la cession à la France de Nice, sa patrie. C’était en lui que le parti des Italianissimes ou de l’action à outrance mettait toute sa confiance. Sorti de Gênes sur deux navires avec ses deux plus célèbres lieutenants, Bixio et Turr, il avait passé à travers les croisières anglaises et françaises. Le 16 mai, il était devant Palerrae défendu par le général Lanza, au service du roi de Naples.

Situé au fond d’un golfe à l’embouchure de la petite rivière d’Arcto, Palerme se compose, au sud, de la ville nouvelle presque ouverte, mais défendue encore par les hauteurs de Montréal, et, au nord, de la vieille ville entourée d’une enceinte bastionnée en assez mauvais état. Deux rues, qui la coupent transversalement presque tout entière, la divisent en quatre parties à peu près égales. Dès le 22, des feux allumés sur les hauteurs avaient annoncé aux Palermitains la présence de Garibaldi. Après avoir pris le titre de dictateur de la Sicile et saisi, au nom de Victor- Emmanuel, le commandement de toutes les bandes insurrectionnelles qu’il avait sous la main, il menaçait déjà la ville avec 10 000 hommes. Le 25 et le 26, deux des lieutenants de Garibaldi firent mine d’attaquer Palerme, puis ils cédèrent le terrain et attirèrent, en se faisant battre, plusieurs corps des troupes napolitaines. Mais bientôt Garibaldi arriva lui-même. En voyant les volontaires, les Palermitains, au bruit du tocsin sonné dans toutes les églises, sortirent de leurs maisons. Ils assaillirent les soldats par derrière, ou les attendirent de leurs fenêtres et de leurs toits, pour les accabler de projectiles. Attaqués do tous côtés, ceux-ci lâchèrent pied. À six heures du soir, Garibaldi poussant les siens et favorisé par l’insurrection, était à l’hôtel de ville : il faisait élever des barricades.

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