LIVRE XVIII
pour attaquer le reste de Palerme. Toutes les bandes insurrectionnelles de la campagne arrivèrent alors en masse, se répandirent dans les maisons, et, avec les Palermi tains, firent feu de tous côtés sur la troupe. Devant cette insurrection victorieuse, le général Lanza n’avait plus que des soldats affamés. Aux termes de la capitulation signée le 26 juin, les troupes napolitaines quittèrent la ville avec armes, bagages, munitions et approvisionnements. Le fort de Castellamare fut mis entre les mains des Anglais jusqu’à l’entière évacuation. Garibaldi, après la plus audacieuse des entreprises, resta, au bout de trois semaines, maître de la capitale et de la moitié de la Sicile ; il était libre d’organiser maintenant avec un point d’appui de formidables moyens pour achever la victoire dans l'ile, et peut-être sur la terre ferme.
Ges événements mettaient le gouvernement de Victor- Emmanuel II dans une position critique. Des volontaires de tout âge et de toute classe se levaient dans l’Italie pour prêter main forte à l’insurrection. D’autre part, le roi François II, pour se sauver de ce péril qu’il aurait du depuis longtemps prévoir, formait un nouveau ministère, remettait en vigueur la constitution de 1848, et en appelait à la loyauté du ministre italien, de Cavour. La cour de Turin hésitait. Garibaldi précipita encore les événements. En qualité de dictateur en Sicile, il réunit 18 000 hommes, traversa les montagnes et apparut bientôt en vue de Messine. Le roi de Naples lui-même ordonna au général qui commandait la ville de l’évacuer, sauf la citadelle. La révolution allait-elle passer le détroit? La cour de Turin n’était pas sans inquiétude; elle craignait une agression de l’Autriche, et peut-être d’autres puissances. Le gouvernement français se tenait sur la réserve. L’Angleterre seule favorisait le mouvement. Victor-Emmanuel essaya par une lettre d’arrêter Garibaldi. Mais toute l’Italie se levait en sa faveur. Le dictateur assurait d’ailleurs qu’il travaillait pour le roi et pour l’Italie. Le 19 août, Garibaldi, maître de Messine, passa le détroit et s’empara de Heggio le 21. Sa présence suffit. Le gouvernement do
L’ITALIE
François II tomba comme de lui-même. La révolution était dans la Gapitanate et la Terre de Labour. Le roi était en désaccord avec son ministère. Les officiers de la flotte refusaient d’obéir. Les généraux de l’armée de terre déclaraient Ja défense de Naples impossible. Le 6 septembre, François II quitta la ville de Naples. Le lendemain 7, Garibaldi, accompagné seulement de quelques volontaires, y fit son entrée triomphale. Tout avait été préparé à l’avance par le maire de la capitale. La garde nationale maintenait l’ordre, tandis que les dernières troupes du roi partaient. Les riches Napolitains coururent au devant du vainqueur, les Napolitaines, parées comme pour un jour de fête, apparurent aux balcons; les lazzaroni remplirent les rues avec des cocardes et des rameaux verts. Le dictateur traversa presque seul la ville frémissante, avec son costume ordinaire, le manteau et la chemise rouge. Le soir, au milieu d’une illumination splendide, le peuple des lazzaroni se répandit dans la ville avec des torches. Il poussait des cris de joie, il formait des danses sur les places publiques, et ii répétait le mot de Garibaldi; vive l’Italie une! qu’il accompagnait d’une vive pantomime en levant l’index de la main droite à la hauteur du front.
Cette démonstration était une menace contre le gouvernement romain, dont la position était maintenant singulièrement critique. Le pape sentait l’Ombrie et les Marches remuer sous sa main ; il pouvait être submergé par les volontaires qui se dirigeaient maintenant du nord sur Rome et par les bandes de Garibaldi, maître du Midi. La ville de Rome seule, gardée par les troupes françaises, pouvait espérer être protégée par la puissance morale et matérielle de la France. Pour la campagne, il était difficile au général du pape, Lamoricière, de tenir tête, avec une armée à pein e organisée, aux volontaires du Nord et du Midi qui accouraient. Fallait-il que le gouvernement piémontais laissât les forces insurrectionnelles conquérir encore le centre de ' la Péninsule, et peut-être, dans leur élan, attaquer Rome et brouiller l’Italie avec la France. De Cavour, impuissant