LIVRE XVIII
à arrêter le mouvement, sentait que le moment de l’action était arrivé ; déjà un corps de 20 000 hommes, sous le commandement du général Gialdini, avait été, sur son ordre, concentré vers Bologne et les bords de la Gattolica, limites des deux territoires. Avant de prendre une résolution, de Gavour fit cependant consulter l’empereur Napoléon, qui était alors à Chambéry, pour visiter la nouvelle province annexée à la France. Il fit valoir la nécessité de sauver la péninsule d’une révolution qui ne saurait plus s’arrêter. Déjà en effet Garibaldi, qui poursuivait l’armée napolitaine, pouvait marcher sur Rome. Il n’était plus question pour lui d’annexer au Piémont Naples et la Sicile, mais de proclamer l’unité de l’Italie au sommet du Quirinal. Laissé libre d’agir, sauf contre la ville de Rome et son territoire, M. de Gavour somma le pape de dissoudre l’armée d’étrangers qu’il avait à son service, et, sur son refus, donna l’ordre aux généraux Gialdini et Fanti d’envahir le territoire pontifical, pour y rétablir l’ordre, assurer aux populations la manifestation libre de leurs sentiments, et arracher la révolution nationale aux dangers de l’anarchie.
Le général des troupes pontificales, M. de Lamoricière, était à cheval sur les Apennins, à Foligno. Menacé sur les deux revers des montagnes par Fanti et Gialdini, il essaya de se replier sur Ancône, fut coupé en partie et, le 18 septembre, au matin, forcé d’accepter le combat à Castel-Fidardo avec 8000 hommes fatigués. Il prit d’habiles dispositions, mais secondé par des troupes rassemblées au hasard et peu aguerries, après avoir vu tomber les plus braves, il se déroba pour arriver à Ancône, qui capitula après son départ. Menant de front la politique et la guerre, de Gavour, le 2 octobre, dans une solennelle séance du parlement, demanda par une loi de confier au gouvernement le pouvoir d’annexer au nouveau royaume italien les provinces de l’Italie centrale et méridionale, dans lesquelles se manifesterait librement, par le suffrage universel, la volonté do la population de faire partie intégrale de la monarchie. Il déclarait que le gouvernement italien ne voulait point actuellement recommencer la guerre avec l’Autriche pour lui dis-
L’ITALIE
puter Venise, et qu’il respecterait Rome parce qu’il y avait là une question qui ne pouvait être réglée par l’épée. Il avouait ouvertement la révolution pour en recueillir les bénéfices; mais aussi il arrêtait le mouvement qui menaçait de troubler maintenant la paix générale. « Nous voulons, disait le ministre, que la ville éternelle devienne la capitale de l’Italie. A quelles conditions, quand et comment? c’est ce qu’il est peut être encore difficile de dire ; mais nous avons la confiance que le temps résoudra la question en montrant que la liberté est favorable à la religion. Pour la Vénétie, le gouvernement cède à l’Europe, qui ne veut pas que lo Piémont fasse la guerre à l’Autriche. L’Europe nous croit impuissants à délivrer Venise par nos seules forces. Montrons-nous unis, l’Europe changera d’opinion. Là est encore pour nous la solution. »
Après ces paroles, il était temps d’agir. Déjà quelques exaltés à Naples et à Palerme voulaient convoquer des parlements pour débattre les conditions de leur annexion. Garibaldi, peu fait pour les embarras du gouvernement, attaquait François II qu’il poursuivait près de Gaserte, et qui était sauvé seulement par l’arrivée de quelques bersaglieri piémontais débarqués à Naples. Le 9 octobre, le roi Victor- Emmanuel II partit d’Ancône, tandis que les populations étaient appelées à voter sur leur sort. Naples donna 109 000 oui, 3000 abstentions, 300 non. En tout, le royaume des Deux-Siciles compta 1 310 266 votes affirmatifs, 10 012 négatifs, 100 000 abstentions. Le roi Victor-Emmanuel II s’avança à petites journées, tandis que l’ex-roi François II, menacé d’être pris entre deux feux, ramena les débris de ses troupes à Gaëte.
L’entrevue du roi Victor-Emmanuel et de Garibaldi eut lieu le 26. Ce fut à quelque distance de Teano. L’avantgarde piémontaise avec le général Gialdini était partie de cette ville, se dirigeant sur le Vulturne. Les premiers bataillons de Garibaldi étaient partis eux-mêmes, la veille, de Caîazza ; ils avaient passé le fleuve. La brigade piémontaise de Gomo et la brigade garibaldienne Bixio se rencontrèrent à mi-chemin et poussèrent des hurrahs! Quand