‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 298 sur 338 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Garibaldi arriva, marchant au-devant du roi, la brigade piémontaise s’ouvrit et présenta les armes. Le général Gialdini et le général Garibaldi se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Après quelques mots, Garibaldi remonta à cheval et marcha au-devant du roi. Victor-Emmanuel arriva peu après à cheval, à la tête de sa division. Reconnaissant Garibaldi au milieu des chemises rouges, il donna un coup d’éperon à son cheval, et marcha à sa rencontre. Garibaldi courut de son côté. A dix pas de distance les officiers du roi et ceux de Garibaldi s’écrièrent : a Vive Victor-Emmanuel ! » « roi d’Italie ! » ajouta à haute voix le dictateur. Victor-Emmanuel porta la main à son képi ; il tendit ensuite la main à Garibaldi, et, d’une voix aussi émue que la sienne, répondit: « Merci! » au milieu de cris frénétiques.

Le 7 novembre, le roi Victor-Emmanuel fit son entrée à Naples en voiture, ayant à ses côtés le générai Garibaldi. Il traversa les rues de Naples, accompagné et suivi des troupes piémontaises, au milieu de formidables cris qui acclamèrent le libérateur aussi bien que le roi. Un Te Deum fut chanté dans la cathédrale. Arrivé au palais, le roi accepta le plébiscite des Deux-Siciles qui lui fut présenté par Garibaldi, et, quelques jours après, celui de l’Ombrie et des Marches, qui avait été également ^oté sous la direction du marquis de Pepoli, et qui achevait de lui constituer un royaume de vingt-deux millions de sujets.

Les deux seules villes qui résistaient encore dans le royaume de Naples, la forteresse de Gaëte et la forteresse de Messine, tombèrent au commencement de l’année suivante, 1861 ; et l’ex-roi François II, dépossédé, demanda asile à Rome, au pape Pie IX, comme s’il ne désespérait pas de sa fortune, en trouvant sur le sol italien un territoire qui ne fût pas encore aux Piémontais. Un parlement nouveau, composé des députés des anciennes et des nouvelles provinces, par l’application du statut piémontais, à Naples et à Palerme, consacra ces derniers événements. M. de Cavour avait déjà complété le sénat, en y faisant entrer les plus illustres représentants de l’Italie méridionale et de la Sicile. Pour la première fois on voyait confondus

L’ITALIE

dans la même assemblée Piémontais, Lombards, Toscans, Ombriens, Napolitains et Siciliens, M. de Cavour tenta de les réunir sur le terrain italien et monarchique dans un premier sentiment commun : « Les merveilleux événements des deux dernières années, » dit l’éminent ministre, en présentant son projet, « ont, par suite de succès inespérés, réuni en un seul État presque tous les membres épars de la nation. Le royaume d’Italie est aujourd’hui un fait ; ce fait, nous devons l’affirmer devant l’Europe. C’est une noble nation qui, tombée par la faute de la fortune et par ses propres fautes dans un état d’abaissement, foulée aux pieds et flagellée pendant trois siècles par des tyrannies étrangères et indigènes, se relève enfin en invoquant son droit, se renouvelle à travers une lutte magnifique qui dure depuis douze ans et s’affirme en face du monde ! Constante dans les longs jours de ses épreuves, prudente dans des jours de prospérité inespérés, elle accomplit en ce moment l’œuvre de sa constitution ; elle se fait une par son gouvernement et ses institutions, comme l’ont déjà faite une son origine, sa langue, sa religion, le souvenir des martyres soufferts et l’espérance d’une entière délivrance. Interprètes du sentiment national, vous avez déjà, au jour solennel de l’ouverture du parlement, salué Victor-Emmanuel du nouveau titre que l’Italie, de Turin à Palerme, lui a décerné dans son affectueuse reconnaissance. Maintenant il est nécessaire de convertir en loi de l’État ce cri de l’enthousiasme. »

Le parlement vota à l’unanimité, en accompagnant son vote de ces mots : « Sire, à l’anniversaire de votre naissance, les suffrages de tout un peuple placent sur votre tête bénie par la Providence la couronne de l’Italie. C’est la digne récompense du courage de vos aïeux, des sacrifices de votre père et de la foi que vous seul, entre tous les anciens souverains de l’Italie, avez eue en la cause de la liberté et du droit populaire. »

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