LIVRE XIX
La question romaine; affaire d’Aspromonle. — Convention de septembre, la translation de la capitale à Florence (1866). — Alliance de l'Italie et de la Prusse; défaites de Custozza et de Lissa; annexion de la Vénétie. — L’Église libre dans l’État libre; affaire de Mentana. — Le concile universel et l’infaillibilité. — Guerre de 1870, Victor-Emmanuel entre dans Rome, capitale du royaume italien. (1871).
le royaume d’Italie et la question romaine (lMt-ltM).
Il ne suffit point de proclamer ou de décréter un royaume, il faut encore l’organiser, le défendre. Pour assurer la défense de l’Italie, la possession de Venise, de la Vénétie était peut-être nécessaire ? Mais comment songer encore à cet agrandissement devant une puissance qu’on ne pouvait pas attaquer seul. On ne devait donc songer qu’à l’organisation. Mais la solide organisation d’un royaume exige d’abord le choix d’une bonne capitale. Les hommes politiques redoutaient cette question. Ils l’eussent volontiers ajournée et ils sentaient l’impossibilité de l’écarter, par une fin de non-recevoir. Elle se posait tous les jours, dans les journaux, dans les brochures, en Italie, en Europe même ; elle en soulevait une bien plus redoutable encore en tournant les yeux de tous vers Rome, capitale de la catholicité, occupée par l’armée française. Il se rencontrait,
ROME CAPITALE DU ROYAUME D’iTALIE. 593
il est vrai, quelques écrivains qui tentaient d’écarter Rome du concours et rappelaient les mérites de la modeste et pratique ville de Turin, de la brillante et riche Milan, et de la littéraire Florence. M. Massimo d’Azéglio, entre autres, avec un patriotique courage, conjurait le peuple italien de ne pas se jeter dans d’insurmontables difficultés pour poursuivre peut-être une illusion décevante. Il voulait faire de la capitale des lettres italiennes, de Florence, la capitale de l’Italie. Mais les grandes villes italiennes ne s’excluaient l’une l’autre que pour céder à Rome. La ville séculaire pesait d’ailleurs de tout son poids sur les imaginations des Italiens, qui pensaient que la vieille capitale du monde ancien et la capitale de la première religion du monde n’était pas de trop pour représenter une nation affranchie à laquelle seule peut-être elle pouvait assurer la puissance et l’unité.
C’était sur ce terrain délicat que les exaltés et les partisans de Garibaldi attendaient de Gavour. L’habile ministre reporta l’attention sur la nécessité de former d’abord l’armée italienne et de constituer les finances du royaume Quant à la question de la capitale, il sut éviter le danger dans une première discussion. Selon son opinion, la possession de Rome comme capitale était pour tous scs compatriotesune vérité sentie d’instinct, mais il connaissait les difficultés religieuses et européennes qui s’y opposaient. « L’Italie », disait-il, « a beaucoup à faire encore pour s’organiser, pour résoudre les problèmes de sa formation intérieure et pour renverser les obstacles séculaires élevés dans son sein contre le bon ordre politique. Elle ne peut y arriver que grâce à une union, une concorde, que la question de Rome, tant qu’elle ne sera pas résolue, empêchera de se réaliser. Des hommes de valeur, de bonne foi, peuvent porter leurs préférences sur telle ou telle autre ville; mais il est un fait incontestable, c’est que, si Rome était une fois notre capitale, toute dissension sur ce point deviendrait impossible. Le fait seul entraînerait un accord absolu et universel. » Mais, à la différence des exaltés, M. de Cavour ne voulait point toucher à cette question par
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