‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 300 sur 338 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

l’épée. Il comprenait qu’il ne pouvait aller à Rome, ni malgré la France, ni malgré la catholicité. Son intention était de proclamer Rome pour capitale de l’Italie, en assurant l’indépendance du pape, ainsi que la liberté de l’Église catholique, et d’achever, de concert avec la France, l’unité de l’Italie. Il croyait que la réconciliation de la nation italienne et de l’Église par l’indépendance et la liberté de l’une et de l’autre, n’était point une utopie, et, quelque difficile qu’elle parût encore à réaliser, il amena le parlement à voter avec lui, mais en principe seulement, Rome capitale, 27 mars 1861. Une fête solennelle, célébrée le 2 juin pour la renaissance de l’Italie, détourna un instant de cette grande difficulté. Mais un déplorable deuil suivit de près cette première fête du royaume italien. Le même jour, le comte de Cavour épuisé par ses glorieuses fatigues, tomba, frappé d’un mal qui l’emporta avec une effrayante rapidité, le 6 juin. C’était à cet illustre homme d’Etat qu’on devait l’intelligent et audacieux projet de mettre la dynastie et les forces du Piémont au service de la pensée la plus noble et la plus nationale de l’Italie ; c’était lui qui avait enrôlé sous la discipline de la monarchie les instincts et les passions les plus populaires de la Péninsule. Cette perte devait se faire longtemps sentir.

Le baron Ricasoli recueillit d’abord l’héritage de M. de Cavour. C’était un gentilhomme florentin dévoué depuis longtemps à l’unité italienne, connu pour la fière décision et la ténacité de son caractère. Napoléon III adoucit la douleur des Italiens et prêta un appui efficace au ministère nouveau en reconnaissant tel qu’il s’était récemment constitué le royaume italien. C’était dans des circonstances aussi délicates un heureux et utile concours apporté au nouvel État. Le gouvernement français avait cependant nettement séparé la question romaine de la question italienne et déclaré qu’il continuerait à occuper Rome tant que des garanties suffisantes ne couvriraient point les intérêts qui l’y avaient amené.

La question romaine fut en effet dès lors la principale difficulté du royaume italien et des ministres qui se succé-

dèrent au gouvernement. Les derniers événements avaient condamné le nouveau royaume italien à débuter par un déficit assez considérable. Pour tenter de le combler, M.Bastoggi, ministre des finances, contracta un premier emprunt qui réussit. Un réseau de chemin de fer, qui devait relier et unifier toutes les parties de la péninsule, fut voté et les fonds étrangers s’engagèrent avec confiance dans ces entreprises. Mais le pape à Rome, déjà avant la mort de M. de Gavour, avait, selon sa propre expression, « refusé la main que lui tendaient l’Italie et la civilisation moderne. » La fin prématurée de cet homme d’État encourageait maintenant toutes les résistances. La réaction relevait la tête dans le royaume de Naples et, soutenue par la connivence de la cour de Rome, elle protestait par le brigandage, plaie endémique de ces contrées. Dans les campagnes, les villages fidèles étaient pillés, les maisons des libéraux brûlées. Jusqu’aux environs de Naples, des convois de chemin de fer étaient arrêtés, des rails enlevés, des télégraphes coupés. Des membres de la noblesse et même du haut clergé napolitain étaient les complices de ces actes sauvages. M. Ricasoli dut envoyer le général Lamarmora pour contenir Naples, et expédier le général Gialdini avec des forces suffisantes pour purger la Pouille, la Basilicate et les Abruzzes de cette insurrection à laquelle l’arrivée d’un officier espagnol du nom de Borgès faillit donner un instant un caractère politique plus sérieux.

Ces résistances exaspéraient le parti de l’action qui prétendait les étouffer en marchant sur Rome ; et un comité dit de prévoyance, dirigé de Gaprera par Garibaldi, entretenait à ce sujet l’agitation. M. Ricasoli, en évitant l’emploi de tout moyen violent, crut au moins devoir faire une tentative diplomatique plus énergique et renouer les négociations qui avaient été interrompues parla mort deM. de Gavour. Il pensait pouvoir profiter des démêlés qui éclataient alors à Rome entre M. de Goyon, commandant des troupes françaises, et M. de Mérode, ministre des armes pontificales. Malheureusement le caractère fier et l’esprit entier de M. Ricasoli ne se prêtaient pas aux habiles tom-

Page 1