‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 31 sur 338 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

immuable au milieu de ces continuelles et douloureuses catastrophes de la politique, explique parfaitement.

Descendant de la noble famille Anicia, Grégoire ajoutait à la distinction de la naissance les avantages du corps et de l’esprit. A moins de trente ans, il était nommé préfet de Rome. Mais au bout de quelques mois il abandonnait les honneurs et le soin des choses mondaines pour se retirer dans un cloître, et ne s’y occuper que des choses de Dieu. Sa réputation ne lui permit pas de garder cette obscurité. Envoyé à Constantinople, vers l’an 579, comme secrétaire, puis, comme apocrisiaire, il rendit de grands services au saint-siège dans ses rapports avec l’empire et dans ses luttes contre les Lombards. En 590 le clergé, le sénat et le peuple, l’élevèrent d’une commune voix au souverain pontificat. Il parvint pendant trois jours à se soustraire à cet honneur; contraint enfin de le subir, il l’accepta en se promettant d’en remplir avec persévérance et énergie tous les devoirs. Mais telle était déjà la complication des affaires auxquelles le saint-siège devait pourvoir, dans la décadence de tout gouvernement civil, que Grégoire doutait lui-même si V épiscopat était l'office d'un pasteur des âmes ou celui d'un prince temporel.

La position de Rome, simple ville de l’exarchat au-dessous de Constantinople, capitale de l’empire, faisait courir quelque danger à la suprématie que les synodes do Constantinople et de Chalcédoine avaient reconnue au saintsiège. Grégoire exerça hardiment ses droits de chef de l’Église, en s’appuyant sur les recueils des canons, édits et décrets publiés récemment par Denis le Petit, contemporain et ami de Cassiodore. L’archevêque do Constantinople prenait le titre d’évêque œcuménique; Grégoire combattit cette prétention. Eu Italie, il lit seulir avec énergie les droits patriarcaux qu’il possédait dans le diocèse des dix provinces méridionales de la péninsule, et il profita de l’exil de l’archevêque de Milan, qu’il secourut généreusement à Gênes de ses deniers, pour les étendre dans les sept provinces du diocèse du Nord. L’archevêque de Ravenne même avait rêvé une certaine indépendance pour la résidence de

l’exarque; il fut obligé de plier devant Grégoire. Le patriarche d’Aquilée, avec quelques évêques du Nord, soutenait une doctrine, dite des trois chapitres , favorisée par l’empire d’Orient. Grégoire, pour punir le rebelle, autorise les îles vénitiennes, tous les jours plus populeuses, à élire un patriarche particulier qui résida à Grado ; et l’Église contribua ainsi aux progrès de la maritime et commerçante Venise.

Les immenses possessions de l’Église de Rome, dans les environs de la ville, dans le midi de l’Italie, en Illyrie, en Gaule et en Sicile, la surveillance que les lois de Justinien avaient recommandée aux évêques sur les magistrats, les circonstances enfin donnaient encore au saint-siège, dans une autre sphère, une grande importance. Abandonnée par l’empereur d’Orient, qui libérait les provinces d’Afrique de l’obligation de fournir à sa subsistance, et qui négligeait de lui envoyer les secours d’hommes et d’argent dont elle avait besoin, Rome n’avait rien à attendre de lui contre les Lombards. Il y avait là une place à prendre, car l’exarque qui résidait à Ravcnne so souciait peu de la vieille capitale de l’Occident ; et elle était alors toute délabrée et comme mourante. Les monuments qui n’avaient pas été détruits par la guerre se lézardaient; les riches l’avaient abandonnée ; le peuple ne so baignait plus dans les Thermes sans eau et mourait de faim; « Se~ natus deest , dit Grégoire, Populus ihteriit. » Grégoire employa les ressources du saint-siège à l’approvisionnement, à la réparation et à la protection do la ville. Rome, qui voit renaître l’abondance dans ses murs, reconnaît presque un nouveau maître dans celui qui la nourrit. Le peuple vient chercher à la porte des couvents les distributions qu’il recevait autrefois au cirque. Des églises nouvelles bâties, des reliques rassemblées font de la ville un but de pèlerinage et lui redonne une nouvelle vie, une vie ecclésiastique, au lieu de la vie politique qui l’abandonnait. Les ducs ou comtes grecs épuisaient les autres cités ou les provinces que l’empereur pressurait quand il ne les abandonnait pas. Grégoiro les défend à la cour de

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