‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 302 sur 338 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

noncer à scs droits, à des transactions de fait qui ramèneraient le calme dans le sein du monde catholique et réconcilieraient la papauté avec l’Italie. L’empereur Napoléon III lui-même, le 20 mai, indiquait la combinaison à l’aide de aquelle on pouvait arriver à ce double but et pressait son ministre des affaires étrangères de la faire réussir. II voulait maintenir le pape chez lui et abaisser les barrières qui séparaient encore ses États du reste de l’Italie. Il pensait y parvenir en obtenant, d’une part, du gouvernement italien l’engagement de reconnaître les États de l’Église et la délimitation convenue; d’autre part, du gouvernement romain, la consécration des privilèges des municipalités et des provinces qui lui restaient, de manière à ce qu’elles s’administrassent elles-mêmes et que le pouvoir du pape, planant dans une sphère élevée, se dégageât des soucis et de la responsabilité du gouvernement temporel.

Le moment était solennel pour la cour de Rome. Elle avait pris ses mesures. Pour résister à cette sorte de sommation, deux cent soixante-quatre archevêques ou évêques de la catholicité, convoqués à l’occasion de la canonisation d’un certain nombre de martyrs japonais, se trouvèrent à point réunis à Rome au mois de juin pour se prononcer sur la question en litige. Cette réunion n’avait peut-être pas l’autorité d’un concile, mais elle pouvait donner un avis sur le problème qui troublait les consciences et agitait les sphères politiques. Elle se devait de le donner avec modération. Le saint-père lui-même dans une occasion solennelle avait dit que le pouvoir temporel n’était ni un dogme ni un article de foi. Un certain nombre de théologiens italiens de beaucoup de science et de foi, le P. Passaglia entre autres, soutenaient que le pape lui-même, pour se conformer aux nécessités sociales qui changent avec le temps, devait appeler de tous ses vœux la séparation du temporel et du spirituel, du sceptre royal et des clefs de saint Pierre, de la tiare sacerdotale et du sceptre monarchique. Les évêques réunis, dans une adresse qu’ils rédigèrent pour le pontife, déclarèrent qu’ils reconnaissaient la souveraineté temporelle du saint-siège comme une constitu-

tion nécessaire et manifestement établie par la puissance divine, et, sans craindre de mettre l’organisation du monde catholique en contradiction avec les aspirations les plus ardentes du peuple italien et les principes qui tendent à passer dans la pratique de la politique moderne, ils adjurèrent les rois et les puissances du siècle d’apprendre et de comprendre que la cause du pouvoir temporel était celle do tous les souverains et de tous les peuples. Le pape y puisa naturellement les motifs du refus absolu et inflexible qu’il opposa encore cette fois aux propositions du gouvernement français.

L’empereur Napoléon consola l’Italie de cet échec en obtenant par son influence personnelle des cours de Prusse et de Russie la reconnaissance du roi Victor-Emmanuel II et du nouveau royaume péninsulaire. En somme la situation du nouveau royaume était assez favorable; l’empereur des Français rappelait de Rome une partie du corps d’occupation, et semblait ainsi faire prévoir des mesures plus décisives, lorsque la plus regrettable imprudence du chef du parti de l’action en Italie vint tout gâter. Pour réprimer le brigandage napolitain, Ratazzi avait d’abord voulu rassembler quelques volontaires; puis, voyant que ceux-ci visaient peut-être ailleurs, il les avait dissous, non sans quelque résistance. Garibaldi, en juin, apparut tout à coup en Sicile et débuta par un manifeste offensant contre la personne et le gouvernement du souverain qui se donnait alors encore tant de soucis pour rendre service à l’Italie; puis il donna rendez-vous dans un autre manifeste à scs anciens compagnons de Marsala sur les bords du Vulturne. A la faveur des souvenirs qu’il avait laissés en Sicile en 1 860, il réunit un corps de volontaires, entra à Catane et de là passa sur le continent avec trois mille hommes dans l’espoir de profiter du mécontentement répandu par les refus du saintsiège pour entraîner la population contre Rome. Mais ici l’ancien libérateur de la Sicile et de Naples, qui avait renversé si facilement deux années auparavant un gouvernement déjà mort, échoua contre le gouvernement de Victor- Emmanuel en train de se consolider. Ratazzi empêcha les

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