LIVRE XIX
rassemblements de volontaires dans la haute Italie. Le roi déclara que « tout cri qui n’était point le sien était un acte de rébellion ». Le parlement approuva. Garibaldi débarqua en Calabre, vit devant lui se fermer les portes de Reggio et, personne n’accourant au-devant de lui, se jeta dans le massif de montagnes d’Aspromonte ; mais le général Cialdini, à la tète de quelques bataillons de bersaglieri, l’y poursuivit, décidé à en finir, et l’y atteignit bientôt. Des deux côtés on avait commandé de ne point faire feu. Par suite de malentendus, quelques coups partirent. Garibaldi fut atteint lui-même au pied droit et fait prisonnier (29 août) .
Le gouvernement piémontais avait su maîtriser cette regrettable échauffourée. Néanmoins l’émotion de l’Europe avait été fort grande. Le gouvernement français avait renvoyé des troupes à Rome et cru devoir rassurer le saintpère contre tout événement. Vainement, le ministre italien qui amnistiait Garibaldi essayait dans une note du général Durando au gouvernement français de se prévaloir de la promptitude avec laquelle il avait réprimé le mouvement, pour demander et d’une manière assez péremptoire la cessation de l’occupation française à Rome. L’empereur Napoléon rappela par l’organe d’un nouveau ministre, M. Drouyn de Lhuys, au gouvernement deTurin, que celuici, en réclamant la remise de Rome et la dépossession du saint-père, s’était placé sur un terrain où les traditions et les intérêts de la France lui interdisaient de le suivre, au lieu de rester sur celui de la conciliation que le gouvernement avait toujours voulu réaliser avant de quitter la ville de Rome. Cette réponse frappa du même coup le ministre Ratazzi qui était en même temps menacé par le parti do l’action. Il fut remplacé à la fin de l’année, décembre, par un ministère dit d’affaires, à la tête duquel se trouva M. Peruzzi.
L’organisation du royaume d’Italie fut en efiet la principale occupation do ce ministère , et la question romaine parut suspendue à peu près pendant deuxannées. Cette organisation n’était point aisée. Il fallait faire rentrer sous la
môme législation et dans une administration uniforme les différentes parties* de la péninsule. La Lombardie, la Toscane s’y prêtaient assez volontiers. Il n’en était pas de même des États de l’Église, et surtout de Naples et de la Sicile qui, en voyant arriver les administrateurs et les réglements du Nord réclamaient contre le Piémontésisme , et protestaient par le brigandage. Il fallait de l’argent pour combler un déficit de 300 millions de francs, et on l’essaya par un emprunt de 700 millions. Les rapports du nouveau gouvernement avec l’Église , dont les résistances étaient naturellement soutenues par Rome, étaient difficiles. Les évêques et les administrateurs d’évêchés réclamaient contre un placet-décret royal, au sujet du droit d'exequatur. Le gouvernement entrait en lutte directe avec plusieurs prélats et préparait une loi pour émanciper le bas clergé. A l’occasion de la fête de la Constitution (7 juin), malgré les défenses du pontife, le bas clergé, dans une partie des villes du royaume, chantait le Te Deum. La cour de Rome ne faisait rien, pendant ce temps, malgré quelques promesses, pour améliorer l’administration des États qui lui restaient. Elle donnait encore de regrettables preuves que les principes de son gouvernement s’accordaient peu avec les principes de liberté et de tolérance de la civilisation moderne. Aussi, à la fin de l’année 1863, Garibaldi, guéri, et retourné librement à Caprera, profitait-il des conflits du nord de l’Europe entre le royaume de Prusse et l’Autriche, au sujet du Danemark, pour ramener les imaginations sur Venise et sur Rome.
Le gouvernement français, en présence lui-même de ces événements, crut prudent sans doute de faire quelque chose en 1864 pour ménager les esprits; et il ramena sur le tapis diplomatique la question romaine qui était surtout au fond du malaise italien. Une dépêche du gouvernement français, datée de juin 1864, rouvrit les pourparlers, en offrant de fixer la date de l’évacuation de Rome par les troupes françaises, si l’Italie lui donnait des garanties suffisantes pour la sécurité du saint-siège dans le territoire qui lui restait. A cet effet, le gouvernement français et le gou-