LIVRE XIX
vernement de Turin signèrent, le 15 septembre 1864, une convention destinée à faire faire un pas ilouveau à la solution de ce redoutable problème dont dépendaient les destinées de l’Italie. En vertu de cette convention, le gouvernement italien se décidait à transporter sa capitale de Turin à Florence, et s’engageait à respecter et à faire respecter le territoire du saint-siège tel qu’il était actuellement constitué. Le gouvernement français, de son côté, promettait d’évacuer Rome dans un délai de deux années après avoir permis au saint-père de recruter librement soit parmi les Romains, soit parmi les catholiques étrangers, une force armée suffisante pour maintenir son autorité souveraine.
C’était une expérience de conciliation que l’on tentait. Le nouveau royaume ne pouvait-il point avoir soit à titre provisoire, soit à titre définitif, une autre capitale que Rome, puisque Turin ne lui convenait plus ? Le maintien du gouvernement temporel du saint-siège, mis à même de se constituer comme il l’entendrait, était-il encore possible? Si l’expérience réussissait, le problème était résolu. Si elle ne réussissait pas, les deux parties trouveraient, dans cette impossibilité dûment constatée, des raisons nouvelles et des moyens plus sûrs de réconcilier la cour de Rome avec l’Italie, la religion avec la liberté, et la tradition du saintsiège avec les principes qui président à l’organisation des sociétés modernes? Tels étaient les nouveaux problèmes que la convention du 15 septembre 1864 laissait à résoudre. Le drapeau qui avait été livré à tous les périls des champs de bataille de Magenta et de Solferino flottait maintenant encore sur le Vatican pour le protéger. Envelopperait-il dans ses plis glorieux l’indépendance de l’Église et celle de l’Italie, la réconciliation de la religion et de la liberté?
La convention du 15 septembre ne s’exécuta pas sans quelque difficulté. L’émotion fut grande dans la ville de Turin quand elle se vit à la veille d’être dépossédée de son titre et de son rôle de capitale. Il y eut un mouvement du 20 au 22 septembre. Le ministère le réprima sans mé-j nagement. Le roi, mécontent, chargea le général Lamar-
mora de former un nouveau ministère pour appliquer la convention du 15 septembre, et transporter le gouvernement à Florence. Il s’agissait de savoir si le choix d’une nouvelle capitale était définitif ou seulement provisoire. Il y eut échange de communications à ce sujet entre la France et l’Italie. Le gouvernement italien n’entendait pas renoncer à l’espoir d’aller à Rome, la capitale future du royaume. Le gouvernement français n’admettait pas que, même après le départ de ses troupes, le pouvoir pontifical pût être renversé par des corps francs. Les deuxparties convinrent, si le gouvernement temporel tombait, même devant une émeute des Romains, de conserver à chacune leur liberté d’action.
Le 24 novembre, le parlement, encore à Turin, fut saisi d’un projet de loi tendant à transporter la capitale de l’Italie à Florence. Mais en même temps le ministre des finances, Sella, annonça au parlement que l’État, obéré par les dettes contractées pour l’indépendance de l’Italie, était sur la pente de la banqueroute si l’on ne venait à son secours par des moyens énergiques; et, en même temps qu’il proposa de nouveaux impôts pour l’avenir, il demanda le versement à l’avance des quatre cinquièmes de l’impôt foncier de l’année suivante. Les quatre cinquièmes furent versés ; le parlement vota, à Turin, la translation de la capitale. Rien n’avait encore si bien prouvé que la nouvelle Italie était prête à tous les sacrifices, pour affirmer son unité et ne point revenir au morcellement dont elle était sortie avec tant de peine.
Le pape Pie IX, qui n’avait point été consulté au sujet de cette nouvelle évolution politique menaçante pour son pouvoir temporel, protesta contre l’exécution de la convention du 15 septembre, par une nouvelle déclaration des principes sur lesquels avait été fondée son autorité à Rome. C’est la fameuse encyclique du 22 décembre ; elle combattait et condamnait, comme l’effet de l’erreur des temps, les principes modernes de liberté de conscience et d’indépendance civile , en vertu desquels, depuis trois siècles, l’idée de l’État s’est développée et pratiquée dans la plu-