‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 306 sur 338 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

l’Italie devait-elle renoncer à accomplir ces destinées que le roi rappelait à ses nouveaux peuples à toute occasion? Un renouvellement de la chambre des députés, à la fin de l’année, en donnant une forte majorité au parti national, une minorité imperceptible à ses ennemis, ramena plutôt encore sur le tapis la question de Venise, à défaut de celle de Rome , au moins ajournée par la France. Mais sur ce point, on ne pouvait compter que sur quelque hasard ou quelque combinaison favorable des événements en Europe. C’est justement ce qui arriva en 1866.

L’initiative politique avait passé alors en Europe de la France à l’Allemagne ou plutôt à la Prusse depuis qu’une question d’unité nationale s’était posée aussi dans ce pays, et que le roi de Prusse avait résolu de s’en emparer pour s’en faire un moyen d’influence en Allemagne, et par suite de prépondérance en Europe.

On a vu comment de Gavour, simple ministre du Piémont, avait conduit son pays, par le maintien et le bon usage des libertés intérieures, à l’unité et à l’indépendance, à la possession presque de l’Italie. Inspiré de tout autres principes, mais visant à un but semblable et autrement grand, mais plus dangereux, M. de Bismarck, ministre du roi de Prusse, avait entrepris de résoudre par le fer et par le sang, et non par des discours, les questions qui intéressaient son pays, c’est-à-dire de mettre, par la guerre, la Prusse à la tête de l’Allemagne, et de donner l’unité à celleci, en la soumettant à l’hégémonie de son pays. Le maintien même des libertés intérieures avait donc été mis de côté pour ne songer qu’au développement de la force militaire. M. de Bismarck en avait donné l’exemple par la prorogation ou la suspension de son parlement, afin d’avoir sous la main un trésor tout prêt et une bonne armée. Alors il avait commencé. Déjà en 1864, flattant la passion nationale d’agrandissement de l’Allemagne, il avait, avec l’Autriche, cherché une première querelle d’Allemand au roi de Danemark, et, sous prétexte de la rendre à la patrie allemande, lui avait enlevé la province de Sleswig-Holstein. Mais, à peine maîtresses dcleurproie, la Prusse et l’Autriche avaient

commencé entre elles une autre querelle d’Allemand, pour la possession de la conquête. Au fond, elles se disputaient moins encore ce petit territoire que l’hégémonie de l’Allemagne en 1866.

Si un conflit s’élevait entre les deux plus grandes puissances allemandes, on comprend bien de quel côté l’Italie pouvait être appelée à pencher. Déjà en mars 1865, quand on croyait déjà à une lutte , il y avait eu des communications entre Florence et Berlin, et on avait échangé les premiers pourparlers sur l’éventualité d’une alliance, en même temps qn’on concluait un traité de commerce. Dès le commencement de l’année 1866, la situation devenait très-tendue au delà des Alpes. Laquelle de ces deux puissances ferait à son profit l’unité de l’Allemagne ? Le général de Lamarmora, chef du cabinet italien , avait consenti récemment à faire quelques réductions dans l’armée et dans la flotte pour obéir aux nécessités. Mais, dès le mois de mars, M. de Bismarck faisait venir à Berlin le général italien Govone, et Lamarmora, commençant sous-main des préparatifs de guerre au lieu de désarmer, assurait le parlement de Florence qu’il surveillait les événements et qu’il se tenait prêt. Le but de M. de Bismarck, en cas de guerre contre l’Autriche, était évidemment d’obtenir du gouvernement italien une diversion contre le quadrilatère, pour y retenir une partie des forces de son adversaire. Était-il bien politique à l’Italie de faire au-dessus d’elle une grande Allemagne? C’est une question que la passion nationale ne lui permit pas de se poser : elle voulait la Vénétie.

Les deux puissances allemandes en étaient encore à échanger des notes contradictoires sur leurs armements , quand l’apparition du prince Napoléon (31 mars) en Italie fut suivie (8 avril) de la signature de l’allianca éventuelle, offensive et défensive, entre la Prusse et l’Italie. La cession de la Vénétie, en cas de succès, était le prix offert à l’Italie.

Le surlendemain 10, M. de Bismarck portait un nouveau coup à l’Autriche en proposant à la diète de Francfort une réforme de la constitution dans le sens démocratique, pour mettre de son côté l’opinion allemande et prépa-

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