LIVRE XIX
rer, eu cas do victoire, la refonte de l’Allemagne à son profit. Au commencement de mai, les armées des belligérants étaient déjà mobilisées. En Italie particulièrement, l’archiduc autrichien Albert était prêt à recevoir dans le quadrilatère l’armée italienne également mise sur pied à toute éventualité. Le gouvernement de Vienne échangeait avec celui de Turin, comme avec Berlin, des notes commL natoires. Pour éviter la guerre, Napoléon III, de concert avec l’Angleterre et la Russie, proposa une conférence où l’on résoudrait à la fois les affaires du Sleswig-Holstein, do la Vénétie et de la réforme allemande (24 mai). Mais l’Autriche croyait encore à la supériorité de son armée, et, confiante dans l’attachement des autres puissances secondaires et méridionales de l’Allemagne, elle déclina cette offre, dénonça la Prusse devant la diète le 11 février, et fit décréter en effet, par la majorité dont elle disposait, l’exécution fédérale contre cette puissance. C’était la guerre.
Le nouveau royaume d’Italie se trouvait en présence de l’Autriche au midi, comme l’Autriche en présence de la Prusse au nord. Les autres puissances, la France même, que ce double conflit intéressait, restaient neutres. On pouvait même dire que la France n’était pas défavorable à la tentative essayée contre son ancien adversaire de Solférino, puisque l’Italie faisait assurer diplomatiquement la France que « son alliance avec la Prusse était une garantie de plus de son amitié pour la France ». Tel était le second épisode des événements qui, en même temps que l’Italie, devaient changer l’équilibre de l’Europe. Il fut favorable encore au nouveau royaume en le tirant par un agrandissement de ses embarras intérieurs.
Dès le mois de mai, le général Lamormora avait décrété la levée des hommes disponibles, tenu une conférence militaire à Florence, lait voter par le parlement les fonds do guerre nécessaireset autorisé la formation de vingt bataillons de corps-francs, sous le commandement de Garibaldi et celle d’une garde nationale. On comprend quelle recrudescence l’approche de ce duel entre l’Italie levée tout entière et une partie des forces de l’Autriche, plus occupée ailleurs,
donnait au mouvement même intérieur en Italie. Le célèbre exilé, Mazzini, était nommé député. Le 9 juin, le parlement vota en principe la suppression des couvents, et un peu plus tard la séquestration provisoire des biens du clergé. L’enthousiasme de la guerre aidait à la solution révolutionnaire des questions intérieures. Le baron Ricasoli prit la présidence du ministère, et le roi partit avec le général Lamarmora pour l’armée rassemblée dans la Lom-, bardie. Garibaldi , débarqué à Gênes, était lui-même à Gôme à la tête des bataillons francs. La guerre fut déclarée le 20.
Aussitôt que le roi d’Italie eut reçu l’avis que le roi de Prusse, Guillaume, commençait les hostilités, il entra en campagne. Il devait attaquer de front le quadrilatère en passant le Mincio; Gialdini, avec un corps d’armée, tenterait de passer le cours inférieur du Pô et Garibaldi se jetterait avec les corps-francs dans le haut Adige. Une flotte rassemblée à Tarente et divisée en trois escadres devait, sous l’amiral Persano, avec un corps de débarquement, concourir contre la Vénétie à la guerre continentale. Au moment même où les armées prussiennes passaient la frontière autrichienne en Bohême, Victor- Emmanuel etLamarmora, franchissaient le Mincio, entraient dans le quadrilatère (22 juin), et marchaient sur l’Adige. Aussitôt avec une vive résolution l’archiduc Albert quitte son camp de Vérone, et va au-devant de l’armée italienne; il la rencontre à Gusfozza, champ de bataille si souven ensanglanté dans ces guerres de l’indépendance. Pour la première fois , Italiens et Autrichiens se trouvaient seuls en présence, c’était le 24 juin. La nouvelle armée italienne ne put tenir , malgré sa bravoure , devant l’armée exercée de l’Autriche; elle abandonna le quadrilatère. Gialdini renonça à opérer le passage du Pô. Garibaldi hésita. La flotte italienne, qui était arrivée à Ancône, ne savait où se porter. Heureusement pour l’Italie, l’armée prussienne, aussi supérieure à celle de l’Autriche, que l’armée autrichienne à celle d’Italie, à Sadowa, en Bohême (26 juin), remporta une rormidable victoire qui répara la défaite de l’Italie à Gustozza, en mettant d’un coup l’empereur François-Joseph uist. d’italis 39