LIVRE XIX
menacé dans Vienne, hors d’état de continuer la guerre.
L’empereur d’Autriche, François-Joseph, tenta vainement de rendre la guerre européenne en faisant cession de la Vénétie à Napoléon III, empereur des Français, dans la pensée peut-être de déterminer la France à une intervention , et l’Italie à la paix par l’espoir de cette province tant désirée. Le gouvernement français ne se chargea que d’une médiation pacifique ; soit qu’il comprît que l’Italie ne ferait rien sans la Prusse et qu’il n’eût pas confiance dans les offres de celle-ci en Belgique pour le décider contre l’Autriche, soit qu’il ne fût ni prêt ni disposé à la guerre, il se contenta à peu près du rôle d’arbitre d’une paix qui devait résoudre à la fois les affaires de l’Allemagne et celles de l’Italie^ peutêtre cependant à son propre désavantage.
Les Italiens, relevés par la nouvelle de ces événements, continuèrent les hostilités en Vénétie durant les négociations, tandis que les Prussiens passaient en Moravie pour menacer Vienne et achevaient leurs victoires sur les États de l’Allemagne du Sud. Ils virent les Autrichiens évacuer Rovigo en faisant sauter la forteresse , occupèrent Padoue, et, avec une armée divisée en trois corps, marchèrent sur Venise, sur l’Isonzo et dans le Trentin. L’Italie aurait voulu, avec la Vénétie, obtenir le Trentin qui est dans le versant italien et peuplé d’Italiens. Aussi la flotte italienne, commandée par l’amiral Persano, étaitelle également partie d’Ancône pour faire une diversion en Dalmatie , et elle bombardait les fortifications du port de Lissa. Mais l’amiral autrichien Tegethoff, avec des forces beaucoup moindres, mais mieux exercées, attaqua la flotte italienne, et lui fit éprouver une défaite complète (6 juillet). C’était la perte de tout espoir de l’acquisition du Trentin. Le roi Frédéric-Guillaume Ier fit savoir au gouvernement italien qu’il ne pouvait appuyer ses revendications sur ce territoire, tant qu’il appartiendrait à la confédération allemande. L’Italie, un peu confuse de sa double défaite, mais toujours assez heureuse depuis huit ans, accepta le 25 juillet l’armistice qui devait la conduire à une paix encore suffisamment avantageuse.
Le gouvernement italien, comme satisfaction d’un amourpropre peut-être oublieux d’anciens services, aurait bien voulu à la paix obtenir directement la Vénétie de l’Autriche, au lieu de la recevoir de la France. Le prince de Carignan, lieutenant du roi dans la province, agissait déjà en souverain, rendait des décrets, prenait à l’avance des mesures pour préparer le plébiscite qui devait intervenir. Le prince Napoléon, gendre du roi Victor-Emmanuel et cousin de l’empereur des Français, s’employa à ménager l’amourpropre des deux gouvernements anciennement alliés, et après que la paix eut été faite entre Vienne et Berlin à Prague le 23 août, elle fut signée entre l’Autriche et, l’Italie le 1er octobre. Le gouvernement de Vienne accédait à la cession de Venise à l’Italie en restituant à Victor-Emmanuel II la couronne de Lombardie.
En exécution de la paix, au fur et à mesure de l’évacuation des troupes autrichiennes, un décret royal de Victor- Emmanuel étendait aux villes et territoires abandonnés les lois du royaume italien. A Venise cependant le général français Lebœuf, comme commissaire de l’empereur Napoléon, et en son nom, livra la ville d’après un cérémonial convenu à l’avance, à la municipalité qui ouvrit les portes aux troupes italiennes le 18 octobre. Le 21 et le 22 un plébiscite confirma l’union de la Vénétie à la monarchie constitutionnelle de Victor-Emmanuel. Le roi reçut solennellement à Turin la députation vénitienne avec le plébiscite le 4 novembre. Pour la première fois Venise était italienne. Tel était pour Victor-Emmanuel II le prix de son alliance avec la Prusse.
Au milieu des réjouissances, des oublis du passé et des amnisties, que le retour de Venise à la patrie commun^ amena en Italie, il y avait cependant encore au fond des * cœurs un regret et une espérance. On ne fait pas sa part au sentiment national. Le roi en recevant la députation , vénitienne avait dit: «l’Italie est faite, mais elle n’est point achevée ( Italia è fattama non compiuta) . » L’armée d’une nation amie, et à laquelle l’Italie devait tout, occupait encore Rome et le territoire qui restait au pape; la pré-