LIVRE XIX
sence de ces troupes étrangères aussi au milieu de la péninsule semblait plus pénible aux Italiens depuis que les Autrichiens avaient évacué la Vénétie. Heureusement comme à point le terme auquel le gouvernement français devait évacuer Rome et laisser le pouvoir temporel du pape à ses seules forces, comme toute autre souveraineté, était arrivé; et l’évacuation de Rome et du territoire pontifical par les Français pouvait suivre de près l’évacuation de la Vénétie par les Autrichiens. Le général Fleury vint de la part de l’Empereur préparer cet événement et l’exécution de la convention eut lieu à l’amiable.
Quand le baron Ricasoli eut recommandé aux préfets italiens d’empêcher toute agitation qui pourrait menacer la sécurité d’un pouvoir bientôt laissé à lui-même, le général Lamarmora établit un cordon de troupes italiennes autour du territoire pontifical. Pie IX, grâce au denier de Saint- Pierre et au dévouement de fidèles de plusieurs pays catholiques , surtout belges et français, avait pu réunir une petite armée de dix mille hommes. Il était prêt d’ailleurs, il le dit dans une allocution au consistoire, à défendre au péril même de sa vie ses droits auxquels il ne renonçait pas ou « à aller, s’il était nécessaire, dans tel pays qui lui offrirait plus de garantie à l’accomplissement de sa mission apostolique ». Ces précautions prises, le général Montebello, chef de l’armée française d’occupation, fitaupapedes adieux, qui ne furent pas de part et d’autre sans émotion ; la bannière pontificale remplaça le 4 décembre sur le château Saint-Ange le drapeau français, et l’Italie fit un nouveau pas vers son indépendance et son unité.
X'ÉglIoe libre dan» l'État libre ; affaire de Mentana. le concile uulverael et l'Infaillibilité du pape.
Le royaume d’Italie se retrouvait, après l’acquisition de la Vénétie, en face des deux mêmes difficultés intérieures, qui tenaient l’une à l’autre. L’application aux besoins de l’État d’une partie des revenus des biens du clergé pouvait combler le déficit des finances. Mais l’Église se laisse-
rait-elle ainsi dépouiller? Et les passions de l’Italie s’arrêteraient-elles devant Rome, où était le centre de la résistance, et qui était toujours protégée dans son indépendance par la convention de septembre et par la France ?
Le baron Ricasoli, ministre de l’intérieur, s’entendit avec le ministre des finances Scialoia, au commencement de l’année 1867, pour présenter aux Chambres un projet de loi à double fin, concernant la liberté de l’Église et la liquidation des biens du clergé. Ce projet, assez conciliant, devait réaliser la formule de Cavour, l’Église libre dans l’État libre, et restituer ses biens au clergé, sauf une valeur de six cents millions de francs, aliénables par l’État pour combler le déficit. Il ne rencontra point de majorité dans la Chambre des députés* Le baron Ricasoli prononça la dissolution de la Chambre, dans l’espoir de trouver la majorité qu’il cherchait dans une nouvelle élection. Il ne réussit point, donna sa démission et fut remplacé par M. Ratazzi. Celui-ci affronta la même difficulté avec un projet plus radical. Il laissait à peu près de côté la question des rapports de l’État et de l’Église pour viser seulement la liquidation des biens du clergé. Une commission plus radicale de la Chambre des députés proposa la vente totale des biens dont six cents millions devaient payer les dettes de l’État, l’abolition des biens de mainmorte, et l’administration des biens restants par l’État, à la charge par lui de rémunérer le clergé; la loi légèrement amendée et accepté par Ratazzi, après de longues discussions, obtint la majorité devant la Chambre des députés et le sénat. C’était une affirmation des plus éclatantes de la révolution accomplie.
Mais les discussions, fort vives à ce sujet, avaient réveillé toutes les passions. Pendant qu’on délibérait, le pape avait eu aussi sa manifestation. Le centenaire de Saint-Pierre était alors célébré, devant cinq cents archevêques ou évêques de la catholicité, avec une grande pompe. Aussi n’était-il pas étonnant que les chefs des exaltés italiens, qui voyaient toujours dans le pape un adversaire et dans Rome un objet d'ambition, eussent pensé d’abord à précipiter les choses