‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 32 sur 338 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Byzance même contre de désastreuses exigences. Grâce à ses talents et à ses vertus, il prend enfin en Italie une position politique de jour en jour plus caractérisée.

Ce fut contre cette autorité morale et politique que vint se heurter le puissant roi des Lombards. Attaqué dans Rome, Grégoire reçut vivement le roi Agilulf; il partagea avec les maîtres de la milice, Maurice et Vitalien, le soin de la guerre, assura la paye des troupes, fort négligée par l’empereur, et força les clercs, dans un temps où chaque jour amenait son danger, de prendre eux-mêmes les armes ; les fuyards de toutes les régions voisines affluèrent à Rome sous l’égide du saint-siège, qui racheta de ses propres deniers les captifs des Lombards.

Agilulf s’arrêta plutôt encore par respect que par lassitude. Celui qui avait fait la guerre négocia lui-même un traité au nom de Rome. En vain l’exarque se plaignit amèrement de cette usurpation, et l’empereur Maurice gourmanda ce qu’il appelait la simplicité de Grégoire. Le pape maintint avec force son droit; l’exarque ratifia le traité; Grégoire refusa cependant de signer, ]>référant, avec une sagesse profonde, le rôle d’arbitre de la paix à celui de partie contractante. Le saint-siège avait sauvé du même coup l’orthodoxie et l’exarchat. La papauté et l’Église, refuge de la population opprimée ou menacée d’une double tyrannie, faisaient pour la première fois une alliance étroite avec là nationalité italienne.

Ce grand pape entra dès lors en rapports fréquents avec le roi lombard et surtout avec la reine Théodelinde, chrétienne orthodoxe, qui avait vu la précédente guerre avec peine. Celui qui, disposant déjà des milices de l’ordre de Saint-Benoît, envoyait des missionnaires pour convertir les Anglo-Saxons dans la Grande-Bretagne, qui décidait l’arien Reccarède, roi des Yisigothts, à renoncer à l’hérésie, et qui morigénait les rois et reines et toute l’Église de Gaule, ne pouvait négliger de combattre l’arianisme en Italie. Secondé par une reine qui avait déjà élevé pour les catholiques la basilique de Monza en l’honneur de saint Jean-Baptiste, il travailla activement à ramener les Lom-

bards à l’orthodoxie. La conversion fit de tels progrès, que le roi Agilulf permit de baptiser et d’élever son fils selon les rites de Rome. Pour toute la chrétienté enfin, Grégoire instituait en l’honneur de la sainte Vierge les fêtes de l’Annonciation et de la Purification, et consacrait 1e chant d’église qu’on a appelé depuis grégorien. Sur da nouvelles hases se refait l’unité de l’Occident ; mais ce n’est point une unité politique, c’est une unité religieuse une unité de foi.

Théodelinde travailla encore avec plus d’ardeur, après la mort d’Agilulf (615), à la conversion des Lombards, lorsque, toujours puissante et respectée, elle exerça le pouvoir au nom de son fils. « Nous rendons grâce à Dieu, lui écrivait le pape Grégoire, qui ne vous a pas seulement accordé une foi pure, mais l’énergie de la manifester par des actes qui lui sont agréables. » Le clergé catholique obtint peu à peu la prééminence sur le clergé arien. Ses églises se relevèrent ; ses domaines lui furent rendus et même agrandis. Le monastère de Bobbio, fondé par saint Colomban, devint un des plus riches de l’Occident. Sous cette virile, mais douce main de femme, qui obtenait plus du sentiment chevaleresque des Lombards que n’eût fait un homme, les mœurs des conquérants commencèrent à se polir, et la condition des anciens habitants devint plus supportable. En même temps Rome se releva aux yeux do tous les peuples d’Occident sous le pontificat de celui dont on a pu faire cet éloge : « 11 fléchit les Lombards, sauva Rome et l’Italie que les empereurs ne pouvaient aider, réprima l’orgueil naissant des patriarches, convertit les Visigoths et les Anglo-Saxons, disciplina la Gaule, gouverna l’Orient et l’Occident avec autant de sagesse que d’humilité, et laissa le plus parfait modèle du gouvernement ecclésiastique1. » Dans Rome indépendante des Lombards, regardant Constantinople avec fierté et groupant autour d’elle les nations occidentales, saint Grégoire le

1. Voir nos Entretiens sur le moyen âge, 2" vol., pour l’histoire détaillée de saint Grégoire ie Grand, chez Didier.

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