LIVRE XIX
était aussi indispensable à l’Italie que Paris à la France », un ministre de Napoléon III, M. Rouher, déclarait au Corps législatif français, que l’Italie n'aurait jamais Rome!
Le général Ménabréa tenta un accord. La France avait fait évacuer Rome à ses troupes après Mentana, en même temps que les Italiens avaient évacué le territoire romain; on ne put ménager, entre le royaume et Rome, le roi d’Italie et le pape, un modus vivendi. Ménabréa, aidé par le ministre des finances, Cambray-Digny, dut se contenter de travailler à diminuer le déficit par l’établissement d’un nouvel impôt sur la mouture de la farine, l’établissement du monopole du tabac, et la réalisation de quelques économies qui portèrent sur l’armée. Le budget pouf 1869 fixait les recettes ordinaires à la somme de 775 531 825 fr., les recettes extraordinaires, à 28 984 908 fr., les dépenses ordinaires, à 947 61 1 031 fr., extraordinaires, à 18 331 918 fr., et évaluait le déficit à 199 745 509, c’est-à-dire à 18 331 918 fr. de moins que l’année précédente. C’était encore une situation financière peu rassurante, eu égard aux déficits des années antérieures. Mais l’écart tous les jours grandissant entre Rome et l’Italie était la plus importante préoccupation de la péninsule et même de l’Europe.
Le pouvdir pontifical, si ébranlé par les événements en Italie, au point de vue temporel, éprouvait encore des échecs au point de vue spirituel en Europe. La révolution, qui renversait les Bourbons en Espagne en 1868, ébranlait aussi dans ce pays les bases de l’Eglise, sinon du dogme catholique. La monarchie autrichienne des Habsbourg également cherchant, après Sadowa, de nouveaux appuis dans l’opinion libérale, renonçait au concordat qu’elle avait fait précédemment avec Rome, et, dans trois lois confessionnelles (25 mai), accordait aux cultes dissidents une part de liberté d’exercice et d’enseignement, et, au droit civil, une indépendance qui ne répondaient point aux précédentes revendications de principes du saint-siège. Protester par une allocution de juin contre cette atteinte à un con-( cordât et contre la révolution espagnole ne parut point suffisant à Pie IX. Il résolut de mettro l’Egliso catholique
tout entière entre lui et le progrès civil des temps. C’est à cet effet qu’il convoqua, pour le 10 décembre de l’année suivante, un grand et solennel concile de l’Église catholique, auquel il invita, inutilement d’ailleurs, les représentants des protestants et les évêques de l’Église orientale, même le patriarche de Constantinople.
L’Italie et Rome présentèrent un singulier contraste en l’année 1869. Le ministre des finances, Cambray-Digny, s’efforçait de continuer à ramener l’équilibre dans les finances italiennes. Mais l’impôt sur les moutures, voté l’année précédente, suscitait des mécontentements et des résistances, particulièrement dans la Romagne et dans le Piémont; l’établissement de la régie, qui avait coûté huit millions, n’en rapportait que quatre. Des soupçons de malversation pesaient à ce sujet sur quelques députés et suscitaient jusque dans les chambres des scènes scandaleuses. La totalité du déficit arrivait à 728 millions. Malgré cette extrémité, le ministre, dans la réorganisation de l’armée, fixait le pied de paix ordinaire à 173 000 hommes, celui do guerre, avec le rappel des classes, à 400000 hommes, sans compter les officiers et la réserve à 198 000 hommes. Il fallait donc recourir à de nouvelles mesures et commencer l’aliénation des biens du clergé pour faire face à la situation. Le ministre Ménabréa vit repousser ses propositions par l’opposition, qui les trouvait mal prises ou insuffisantes. Les rivalités de provinces ou d’opinion, l’ambition de chaque parti , depuis la création du royaume d’Italie, étaient encore trop grandes pour promettre à un ministère une majorité stable. Le ministère Ménabréa en fit l’expérience à la fin de l’année. La nomination, comme président de la chambre, de M. Lanza, de la droite (nov.), était un échec pour lui; il donna sa démission, et, à la fin de l’année, on avait à enregistrer u:i nouveau changement do cabinet.
La cour de Rome mena bien, au contraire, la grande affaire du concile universel qui lui tenait tant à cœur. Un journal, qui était, disait-on, sous l’influence de la société de Jésus, la Civiltà catholica , ne cachait point le résultat