LIVRE XIX
que la papauté voulait obtenir de cette assemblée: la proclamation de Y infaillibilité du pape. Les grands gouvernements catholiques de l’Europe, la France, l’Autricbe, ne voyaient point avec satisfaction cette réunion extraordinaire. Le gouvernement d’Italie ne se dissimulait point qu’elle était dirigée contre lui et surtout contre ses espérances. Les États catholiques ne jugèrent point cependant à propos d’y mettre obstacle et, à la grande satisfaction même de la cour de Rome, no demandèrent point avec insistance, comme cela se faisait dans les anciens grands conciles, à s’y faire représenter par des légats. Le clergé de l’univers catholique était disposé en majorité, sinon tout entier, à concourir à ce secret dessein; quelques évêques allemands seuls, réunis à Fulde, et des évêques isolés ailleurs, montraient des velléités d’opposition. Aussi quand, en décembre de l’année 1869, l’assemblée se trouva réunie au nombre de sept cent cinquante pères, cardinaux, évêques ou chefs d’ordre, elle parut se mettre tout entière entre les mains du pontife; elle reçut de sa main l’ordre des délibérations et la composition de quatre commissions , délégations où n’entraient que des hommes dont la cour de Rome était sûre, comme par l’effet d’une discipline imposée d’avance.
On pouvait dès lors prévoir ce qui sortirait du concile. La Civiltà catholica en avait donné comme le programme en 1869; elle avait réédité de la bulle Unam sanctam de Boniface VIII les propositions suivantes : « Les deux puissances, la temporelle et la spirituelle, sont entre les mains de l’Église, c’est-à-dire du pape, qui exerce la première par le moyen des rois et autres princes, mais ad nutum et patientiam sacerdotis. A la puissance ecclésiastique appartient, en vertu de la toute-puissance, remise de Dieu à saint Pierre, d’instituer la puissance temporelle, et, dans le cas où elle se déprave, de la juger. » C’était évidemment là l’exagération des principes. Mais le concile alla déjà assez loin. Dès la seconde séance, au nombre de 400, la majorité proposa une adresse en faveur de la déclaration d’infaillibilité du pape. Après l’adoption d’un schéma ou modèle de foi et d’un schéma de discio line , desti-
nés à affirmer la vérité catholique contre toutes les doctrines ou opinions opposées, et à consolider la hiérarchie, un schéma de catéchisme universel , qui établissait en droit la souveraineté de juridiction, de coercition du pape sur toute l’Église et sur tous ses membres, ainsi que la supériorité de l’Eglise sur l’État, et de la loi ecclésiastique sur la loi civile, en dépit des concordats et des conventions, dessina tout l’édifice. Mais le schéma de romano pontifîce, qui contenait la déclaration à' infaillibilité personnelle du pape, devait couronner le tout.
Il y avait, à ce sujet, de l’opposition, surtout panmi les évêques français, autrichiens, allemands, hongrois et nordaméricains; mais il n’existait pas grande entente entre eux. Les évêques Hefele, Rauscher, Simor, Strossmayer, Schwarzemberg, Maret, Dupanloup, parlèrent contre. Ils réclamaient surtout, pour cette déclaration de principe, l’unanimité, qui avait été de droit dans les anciens conciles pour les affaires de foi ; et ce n’était pas trop demander en pareille matière et dans une assemblée qui, sur 750 membres, en comptait 276 italiens, dont 143 appartenant à l’État de l’Église, comme cardinaux, évêques in partibus, abbés ou chefs d’ordre. La catholicité était fort émue; des voix d’opposition s’élevaient dans l’Église, entre autres, en Allemagne, celle du chanoine Dœllinger. Quelques membres de la minorité demandèrent qu’on soumît au concile, avant la décision, un postulat sur les rapports de la puissance ecclésiastique avec la puissance civile, afin d’ôter à la déclaration d ’ infaillibilité les interprétations ou conséquences fâcheuses qu’on y pourrait voir. Les débats commencèrent au milieu d’une assez grande agitation. Cent orateurs étaient inscrits pour ou contre. La plupart des puissances catholiques, les gouvernements français et bavarois surtout, à plusieurs reprises, faisaient parvenir à la cour de Rome leurs observations et leurs réserves. L’opinion à laquelle le gouvernement pontifical essayait de toutes les manières de soustraire le concile, agissait sur celui-ci. Quelques évêques, voyant arriver le moisdejuillet, commençaient à partir de Rome. En revanche, il y