LIVRE XIX
avait des manifestations à Rome, en faveur de l 'infaillibilité. Il y en eut surtout une considérable, le jour du vingtcinquième anniversaire de l’avénement de Pie IX. Enlin le 11 juillet la proposition fut votée dans ces termes : « Le pontife romain, lorsque, remplissant la mission suprême du premier docteur de tous les chrétiens, il définit ce qu’il îaut observer dans les choses de la foi et des mœurs, ne peut errer; et cette prérogative de ne point se tromper ou infaillibilité du pontife romain a la même étendue que celle de l’Église même. » Sur 601 évêques présents (un certain nombre étant déjà partis), 88 votèrent contre avec le non placet, et 62 conditionnellement, avec l’expression juxta modum; les autres adhérèrent complètement. Quelques jours après, le nombre des évêques s’éclaircissant de jour en jour, l’article qui subordonnait complètement les évêques au pape complétait le principe précédent; et, le 18 juillet, en présence des 547 prêtres restants, après le départ de plus de deux cents, le pape Pie IX, président, proclama le résultat qui mettait le comble, en plein dixneuvième siècle, à sa puissance spirituelle.
Guerre de IM*. — Victor Emmanuel H entre dans Home, capitale du royaume Italien 1891.
Étrange retour des affaires humaines ! C’était le jour même ou l’infaillibilité du pape avait été prononcé que, par une rencontre au moins extraordinaire, partait de Paris à Berlin la décision qui, en faisant éclater la guerre entre la France et la Prusse, devait bouleverser l’état de l’Europe et affecter singulièrement les rapports do l’Italie avec la papauté, ainsi définis par le concile. Le roi Victor-Emmanuel, après la crise de l’année précédente, avait dû former un nouveau ministère présidé parVisconti- Venosta. Celui-ci, avec son ministre des finances, Sella, avait déclaré d’abord, d’accord avec le parlement, qu’il n’avait rien à faire avec le concile. Il se débattait au milieu des mêmes difficultés que son prédécesseur, et obtenait seulement, pour combler le déficit, des mesures insuffi-
santés, par l’augmentation de l’impôt mobilier et la diminution de l’armée, quand les premiers bruits de la déclaration de cette formidable guerre éclatèrent tout à coup.
L’effet en fut terrible à Rome. Le cardinal Antonelli, tout en déclarant que les résolutions du concile, qui se dissipa promptement, étaient obligatoires, ne les notifia point aux puissances catholiques. Le gouvernement français annonça (28) en même temps au gouvernement italien qu’il rentrait dans la convention de septembre et il ordonna au général Dumont de ramener ses troupes en France : c’était désarmer le pape. En Italie, la nouvelle arrêta toute idée d’économie ou de réduction de l’armée. Le ministère Visconti demanda seize et bientôt quarante millions pour l’armée et la marine, et, en rappelant les deux classes précédentes, augmenta son armée de 100000 hommes, pour se tenir prêt à tout événement. Entre les sollicitations des gouvernements en guerre ouverte, et, dans le parlement, les vœux de la droite conservatrice, qui avait des sympathies françaises, et ceux de la gauche révolutionnaire qui avait des sympathies prussiennes, il déclara qu’il garderait une neutralité attentive. Mais avec les premiers revers de la France la question romaine se réveilla tout à coup.
Le pape n’avait plus que sa petite armée, même bien diminuée, pour défendre son territoire. Le gouvernement italien avait reformé à l’entour un cordon de troupes italiennes comme avant Mentana. Il voulait profiter de l’occasion pour arriver au but avec des ménagements diplomatiques. Mais cela ne suffisait plus aux emportements du parti révolutionnaire soudoyé par la Prusse, et toujours plus animé au fur et à mesure qu’il voyait, non-seulement l’empire napoléonien, mais la France même en péril; et le gouvernement italien, témoin des embarras du gouvernement qui lui avait rendu tant de services, avait beaucoup de peine à ne pas céder à la tentation de profiter de ses malheurs. La nouvelle de la défaite de la France à Sedan, de la captivité de Napoléon III et de la chute de sa dynastie, arrivée le 4 septembre, entraîna tout. Le 5 septembre il y avait une émeute à Rome. Le 6 Victor-Emmanuel fai-