LIVRE XIX
sait demander au nouveau gouvernement français, né le 4 septembre de la défaite et des ruines du pays, la dénonciation de la convention du 15 septembre 1864, et, sur son refus, il envoyait le comte Ponza di San Martino offrir au pape des garanties pour son pouvoir spirituel ; il adressait aux puissances une circulaire dans le même sens et, le 8, il faisait franchir, sur plusieurs points, par son armée, la frontière pontificale.
Le 18 le général italien Gadorna, poussant devant lui les troupes pontificales, qui reculaient du côté de Ponte- Molle, arriva sous les murs de Home; l’investissement commencé, il fit demander au pape l’entrée de la ville. A l’intérieur, le ministre des armes pontificales, Kanzler, faisait, avec son armée, qui s’était repliée, des préparatifs de défense. Il refusa, selon les instructions pontificales. Mais le 22, lorsque, du côté de la porte Pia, au sud, et de celle de Saint-Pancrace, au sud-ouest, on eût fait assez facilement brèche dans ces vieux murs et qu’un combat de mousqueterie allait s’engager, l’ordre fut envoyé par le pape à ses troupes de suspendre le feu sur toute la ligne et de se replier dans la cité léonine.
Il ne devait point y avoir effusion de sang. Le corps diplomatique intervint, et le général Gadorna ayant annoncé aux zouaves pontificaux qu’ils étaient libres commença à entrer dans la ville avec les troupes italiennes. Ge fut sur les degrés de Saint-Pierre que Pie IX fit à ses derniers soldats ses adieux et leur donna sa bénédiction. Le pouvoir temporel avait cessé d’exister, et les Italiens se rendaient maîtres de Rome le jour même où les armées allemandes, victorieuses, achevaient l’investissement de Paris et commençaient son long et sanglant siège. Le 2 octobre le suffrage universel, appliqué aux États de l’Église, votait l’annexion à une grande majorité, et le roi Victor-Emmanuel en en recevant le résultat le 8, quand la France perdait ses dernières armées, croyait pouvoir dire que « les peuples italiens étaient maintenant les maîtres de leurs destinées».
L’Italie en effet ce jour-là, pour la première fois depuis bien longtemps, était maîtresse exclusive de son
sort; elle en assumait la responsabilité. Ce n’était pas évidemment pour elle le moment de tenter de jouer un rôle au milieu des grands événements qui s’accomplissaient en Europe. Quand le saint-père écrivait au roi de Prusse, proclamé bientôt empereur par les princes allemands, sous les murs de Paris assiégé, pour demander un armistice et le ravitaillement d’une population de 2 millions d’âmes, le peuple italien aurait peut-être pu montrer moins d’indifférence. Mais tout succédait alors ' Victor- Emmanuel. Son fils le duc d’Aoste était proclamé roi, pour peu de temps, il est vrai, par les cortès de l’Espagne en révolution. L’excommunication même du pape, décidé désormais à se considérer comme prisonnier de l’Italie et à ne plus sortir du Vatican même pour aller aux églises ni à Saint-Pierre, laissa la masse des populations italiennes indifférentes. Il ne restait plus au gouvernement italien qu’à achever la révolution en transportant la capitale de Florence à Rome, et en réglant les rapports dans lesquels devaient vivre désormais l’Italie et la papauté. C’est ce qui eut lieu en 1871.
Le roi, pour accomplir cette tâche avec autorité, avait i fait faire de nouvelles élections qui lui furent complètement favorables, et c’est devant cette assemblée* qu’il avait proposé la loi de translation de la capitale à Rome, six mois après la promulgation. Elle avait été votée à une * très-forte majorité le 23 décembre 1870, quand Paris souffrait toutes les horreurs du siège entrepris par l’Allemagne conjurée pour réduire la France à une paix qui devait entamer l’intégrité de son territoire. La loi dite de garantie, qui réglait les rapports du saint-siège et de l’Italie, fut ensuite présentée et votée définitivement le 2 mai 1871. Dans sa première partie elle proclamait la sainteté et l’inviolabilité de la personne du pape, lui accordait en Italie les honneurs souverains, une dotation de 3 225 000 livres, la possession immunitaire et inaliénable des palais du Vatican, de Latran, de Gastel-Gondolfo, l’inviolabilité de son séjour et de celui des conciles convoqués par lui, sa libre correspondance avec tout l’épiscopat du monde catholique,