‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 320 sur 338 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

bilitc les saints douteux, il sanctionne et consacre les nouveaux miracles. Infatigable lutteur, tribun véhément, comme Elie et Elisée, qui étaient sans pouvoir temporel, il harcèle l’erreur qu’il a signalée, les souverains, les princes qu’il a dénoncés au tribunal de l’Église universelle ; il poursuit, avec une vigueur et une fécondité toujours nouvelles, les dissidences mêmes, jusqu’au libéralisme catholique ; il n’épargne pas ses invectives aux spoliateurs et aux persécuteurs. « Si je suis fatigué, » dit-il en 1876, « je ne suis pas encore disposé à pactiser avec l’erreur, avec l’injustice, à cesser de remplir mon devoir. » L’activité pratique de ce pontife mystique n’était pas moindre sur le terrain ecclésiastique, administratif. Il avait débuté, rentré à Rome en 1850, par le rétablissement de la hiérarchie dans la protestante Angleterre et aux Etats-Unis. Après 1870, il reconstitue la hiérarchie catholique en Écosse, en Hollande, en Bulgarie, en Grèce. Il crée un diocèse à Genève, au risque de causer un schisme, et nomme un archevêque à Athènes, un aux États-Unis. Le nombre des évêques créés par lui seul, et de ceux dont il a repris la nomination en Italie, atteint presque celui des évêques nommés par l’État dans les pays concordataires. Combien plus vigoureusement encore il défend le terrain qui lui appartient et contre les plus puissants potentats I Persuadé que le chancelier de l’empire allemand restauré, Bismarck, achève, sous couleur de combat pour la civilisation ( Kulturkampf ), d’établir partout les batteries du despotisme impérial jusque sur les consciences, et de poursuivre, dans le culte catholique même, le dernier refuge des sentiments de la liberté et des autonomies allemandes, il ne tremble pas devant le maître de l’Europe. Il écrit avec fermeté à l’empereur Guillaume; il protège de sa parole les évêques et les prêtres emprisonnés; il réclame en faveur des ordres expulsés, envoie le chapeau de cardinal à l’archevêque de Posen persécuté et secourt de son argent les pasteurs privés de leur traitement. Il fait dire au chancelier Bismarck : « Le triomphe sans mesure est passager et la persécution contre l’Église est une sottise; »

PIE IX ET VICTOR-EMMANUEL II

et il ajoute une autre fois : « Un caillou tombera de la montagne qui brisera les pieds de ce colosse. » Dans son coin de terre, dans son jardin, ni souverain effectif, ni sujet, enclavé dans un royaume sans y être enfermé, souverain réellement insaisissable et inviolable, Pie IX était mieux protégé, d’une façon invisible mais efficace, par l’unique foi des millions de fidèles attachés à son autorité et par le respect d’une civilisation éclairée et tolérante pour toute liberté humaine.

Bien que les deux principes opposés, représentés par Victor-Emmanuel et par Pie IX, semblassent engagés dans la lutte la plus vive et comme face à face à Rome, il faut reconnaître que les traditions et le tempérament de la nation italienne étaient peut-être les mieux faits pour comporter et faire vivre sans trop de périls cet étrange phénomène qui a été donné en spectacle au monde! Pie IX repousse la loi des garanties, faite par le royaume italien; et ce royaume le protège. Le pontife réclame ses Etats perdus et fait un cas de conscience à ses fidèles de ne pas remplir aux urnes leurs devoirs de citoyens ; et le gouvernement italien le souffre, et il offre tous les ans au pape l’indemnité de trois millions. Le Vatican foudroie le Quirinal, et le Quirinal brave le Vatican, sans se faire réciproquement de mal.

L’association des contraires est une grâce particulière au génie italien. Victor-Emmanuel II prit, dans ses deux dernières années, deux ministères républicains : Deprétis et Grispi. La royauté italienne fit cependant bon ménage avec les anciens compagnons de Garibaldi, le plus cordial ami du roi ; et ils ont fait bon ménage avec le pays. Le prince de Bismarck aurait voulu, en 1877, profiter de l’arrivée des gauches au pouvoir en Italie, pour conclure avec le royaume une alliance qui pouvait conduire à la guerre contre la France et contre la papauté. Victor-Emmanuel déclina cette offre dangereuse. Le ministère Grispi, disciple de la doctrine allemande de la domination absolue de l’Etat sur l’Eglise, aurait voulu abolir la loi des garanties, pour ne laisser au pape que le droit commun. Le roi Victor-

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