LIVRE III
de ses esclaves. Il a sur eux tous le droit de tutelle ou mundium. Mais lui, il est amund, c’est-à-dire sans patron. Los femmes lombardes libres ne peuvent jamais jouir de cet état. Filles, elles sont sous le mundium du père, ou à défaut du père, sous celui de l’oncle ou du frère légitime; femmes, sous le mundium du mari; veuves, sous celui du plus proche héritier de leur mari, ou, en rendant à celui-ci la moitié de leur dot, sous le mundium de leurs parents consanguins. Le jeune Lombard, pour contracter mariage avec une fille libre, est obligé de payer au père la meta ou prix du mundium , sans préjudice de la morgengabe ou don du lendemain.
La puissance du mundoald est grande sur les femmes et les filles, moindre sur les mâles. Il peut tuer sa femme surprise en adultère, tuer sa fille ou la vendre comme esclave hors du royaume, si elle s’est abaissée jusqu’à un esclave; mais il ne peut, du vivant même de ses fils, transmettre ses biens à un autre, à moins qu’il n’ait été frappé par eux ou qu’ils ne l’aient déshonoré dans leur bellemère. Les filles, moins heureuses, ne succèdent même point à tout l’héritage du père, à défaut d’héritiers mâles; elles n’ont droit qu’à la moitié et le roi recueille le reste. La femme est encore tenue dans un état d’infériorité et d’inégalité très-grande, comme chez tous les peules barbares.
Le Lombard libre est en outre, sur la terre d’Italie, comme le mundoald , le protecteur et le maître de tous les anciens habitants, colons ou esclaves qui lui sont tombés en partage dans ses domaines, gens d’industrie et de métier qui lui sont échus, avec le butin des villes. Le code de Rotharis trace une séparation nette entre l’homme libre et ceux qui lui sont soumis, et (pii prennent, selon leur degré de servitude, le nom d ’aldies ou celui d’esclaves.
Les aldics jouissent d’une certaine liberté, mais il restent toujours sous la puissance du mundoald, dont ils sont comme les affranchis ou les fils adoptifs. Ils possèdent, mais à la condition d’une redevance ou de services; ils, peuvent transmettre leur héritage; mais, s’ils meurent sans enfants, le mundoald reprend ses droits. Le mariage peut
avoir lieu entre les personnes de condition libre et les <iW«es;mais, dans ce cas, les enfants suivent la condition du père, et non celle du conjoint de la classe la plus élevée.
! Les esclaves sont dans une position bien plus misérable. Ils ne possèdent rien en propre. La loi ne reconnaît point de mariage entre eux et les personnes libres. La femme libre, qui se marie avec un esclave, expose celui-ci à la peine de mort, et elle-même à être tuée ou vendue pas ses parents. L’esclave a la perspective de l’affranchissement, dans lequel on distingue deux degrés. Le plus haut degré confère seul la liberté entière, et fait cesser toute espèce de rriundium , sauf celui du mari sur la femme. Le second confère la condition mitoyenne d ’aldie. Cette coutume de l’affranchissement, la plus humaine du code Lombard, est la seule voie laissée à la fusion des Lombards et des Romains, à l’adoucissement du conquérant et à l’amélioration du sort des vaincus. C’est par là que s’opérera le mélange des populations, de leurs coutumes, de leurs lois.
L’échelle de la composition ou wergeld qui existait chez les Lombards, comme chez tous les Germains, pour racheter les offenses et mettre un terme aux querelles qu’entraînait la vengeance du sang versé, constate la plus profonde inégalité des classes et des personne. Ce wergeld dû, comme on sait, à l’offensé ou à son héritier, s’élève pour le meurtre d’un Lombard libre jusqu’à neuf cents sous; pour celui d’une femme libre jusqu’à six cents; il va ensuite en diminuant à travers les différents degrés des aldies, jusqu’au dernier degré de l’esclavage. Par exemple, l’insulte faite à une Lombarde libre est passible d’une amende de cinq cents sous. Les coups donnés à une esclave, même enceinte, jusqu’à la faire avorter, sont rachetés par une amende de trois sous. L’adultère entre personnes lombardes libres n’admet point de wergeld. La mort est la seule punition de l’homme et de la femme adultères. Mais l’homme libre, en commettant le même crime avec une aldie, n’encourt qu’une peine de quarante sous, et avec une esclave, de vingt sous seulement.
Les formes de la justice rendue par les ducs, gastaldes
Digilized by GoogI