LIVRE III
et autres, assistés ordinairement d’échevins, les moyens de connaître la vérité : serments de coadjuteurs, épreuves par l’eau et le feu, duel judiciaire, ne présentent rien chez les Lombards qui les distingue beaucoup des coutumes des autres peuples barbares.
C’était beaucoup que la société Lombarde eût assez conscience d’elle-même pour se donner des lois. La fougue des passions était cependant encore trop grande chez ce peuple, pour que ces lois fussent sévèrement gardées et assurassent la paix à l’Italie, à défaut de la prospérité qu’un tel régime ne pouvait lui donner.
Décadence lombarde et byzantine; origine du pouvoir temporel des papes; Grégoire II et Grégoire III; Borne ecclésiastique (ASt-ISO).
La première loi lombarde portait la peine de mort contre ceux qui attentaient à la vie du roi. De Rotharis à Luitprand, c’est-à-dire de 652 à 712, au milieu de luttes intestines affreuses, qui présentent l’exemple le plus frappant de cette énergie personnelle et sauvage, de cette tradition héréditaire de la vengeance que les Lombards inoculèrent à l’Italie, dix rois se succédèrent rapidement, portés par les différentes factions, et pour la plupart assassinés.
Dans ces temps, où les empereurs d’Orient se succédaient sur le trône de Constantinople avec la même rapidité et au milieu des mêmes catastrophes, l’Italie byzantine ne fut pas beaucoup plus heureuse. De ces césars, atteint de la manie théologique, l’un, Constant, enleva le pape Martin pour lui imposer son type ou formulaire , l’envoya mourir à Cherson et, un jour, dans une visite à Rome, pilla jusqu’à l’or qui couvrait le toit du Panthéon. Un autre, Justinien II, excita une émeute à Rome en voulant faire enlever également le pape Sergius (692).
En face d’une cour impériale toujours portée à l’hérésie et à la violence, la conquête de l’Italie par la royauté lombarde pouvait être le prix de grands ménagements pour Rome, et d’un sincère attachement à l’orthodoxie. Mais l’a-
narckie lombarde tentaitcncorc moins les habitants de l’exarchat que le despotisme corrompu de Byzance. Préoccupés des intérêts de la foi, et tous les jours plus indisposés contre l’exarque ou contre les ducs dépositaires de son pouvoir, ils se serraient plus volontiers autour de leur chef spirituel, que ce fût le pape à Rome , le patriarche de Grado à Venise, ou l’archevêque à Ravenne. L’Église, en effet, au milieu des malheurs du temps, devenait en Italie, comme dans le reste de l’Occident, le refuge et le recours des anciennes populations foulées par les conquérants. Mais Rome surtout, dans l’Italie, commençait à jouer le premier rôle, parce que, ni byzantine, ni lombarde, elle était encore plus européenne et universelle qu’italienne.
On vit un premier et grand exemple de cette influence de l’Église, lors des troubles excités dans l’exarchat par l’entreprise tentée en 692 par l’empereur Justinien II contre le pape Sergius et contre la foi des populations. C’était à propos du célibat des prêtres, dont Rome voulait faire une règle impérative, malgré Byzance. Le portrait de l’empereur fut foulé aux pieds, on rejeta sa monnaie. Le duc de Rome parvint, cette fois encore, à maintenir dans cette ville l’autorité de son maître; mais, dans les îles vénitiennes, peuplées par ceux qui avaient fui devant Attila et déjà importantes, les tribuns militaires, le patriarche de Grado, conseillés sans doute par le pape Sergius, les hommes puissants et le peuple, réunis dans l’île d’Héraclée, investirent Paulutius Ànafestus do la dignité ducale, avec une autorité suprême dans toute l’étendue des îles; ce fut le premier pas vers une indépendance complète. La foi religieuse qui, en l’absence de tout patriotisme, devenait alors le plus puissant mobile des âmes, engendrait la liberté en Italie. Entre la royauté lombarde, qui ne parvenait point à s’affermir dans la péninsule, et le despotisme décrépit de Byzance, les populations s’alliaient avec l’Église pour fonder quelque chose de nouveau. Venise en est le premier exemple.
L’avénement de Luitprand à Pavio, de Léon l’Isaurien en Orient, et de Grégoire II au saint-siège, amena enfin