‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 37 sur 338 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

bards et Romains se multipliaient; la langue germanique se fondait dans l’italienne en la déformant; les anciens habitants, nés au milieu de ruines qui leur parlaient du passé, vieux d’expérience et retrempés cependant par le malheur, reprenaient, par l’ascendant des lumières et de l’habileté pratique, et par une sorte de maturité précoce favorable à la politique, ce qu’ils avaient dû céder d’abord à la supériorité physique de leurs vainqueurs, d’ailleurs bien moins nombreux. Une nouvelle nation naissait.

Le moment semblait donc venu pour Luitprand de réunir, presque sans violence, l’Italie tout entière sous la domination lombarde. Variant avec assez d’habileté ses moyens, il prit d’assaut Ravenne, entra par composition dans d’autres villes de la Pentapole, et fit don aux apôtres Pierre et Paul du territoire de Sutri, pour amener doucement Rome soussaloi. Mais les Italiens du centre, jusque là soustraits à la domination lombarde, ne voulaient plus seulement changer de maître. L’ambition du saint-siège avait grandi d’ailleurs naturellement avec ses forces; et celui dent l’autorité spirituelle commençait à s’étendre sur tout l’Occident, ne pouvait être tenté d’échanger l’empereur lointain et faible de Constantinople contre un roi résidant aux portes mêmes de Rome, et chef d’une nation à peine convertie. Souverain d’un empire spirituel, qui s’agrandissait chaque jour, après l’expérience qu’il venait de faire, le pape croyait bon d’en assurer l’indépendance et la durée par la possession d’une souveraineté temporelle, et il n’était pas disposé à partager le pouvoir que les Romains lui avaient décerné, en même temps que le titre de Père de la République romaine.

On vit donc Grégoire II, l’un des premiers représentants de ce caractère devenu national, inaugurer cette politique d’équilibre, devenue depuis toute pontificale et italienne, et qui consiste à trouver la liberté dans l’antagonisme de deux maîtres. A son instigation, le second doge des Vénitiens, Ursus, attaque Ravenne, s’en empare, et y rétablit l’exarque Eutychius; les ducs de Spolète, do Bénévent, remuent également sous l’autorité de Luitprand. Cette au-

dace faillit coûter cher au saint-siège. Luitprand, furieux, se rapproche de l’exarque Eutychius, bat Spolétains et Be'néventins et revient à Rome, devant laquelle il campe. Le pape conçoit pour la première fois l’idée de s’adresser hors d’Italie, en Occident, à un prince chrétien pour défendre son nouveau pouvoir. N’est-il pas le primat de l’Église occidentale? Il demande donc des secours au chef des Francs, Charles Martel; mais ce puissant prince est occupé à tenir tête aux Sarrasins en Gaule. Grégoire II en est réduit à s’humilier. Il préféré la clémence du roi orthodoxe à celle de l’exarque hérétique, se rend de sa personne dans le camp de Luitprand, l’admet dans Rome à l’honneur de venir déposer son épée aux pieds do la statue de bronze de saint Pierre et obtient la retraite des Lombards, qui n’inquiétèrent plus Rome jusqu’à sa mort en 731. La papauté a senti, dès les premiers jours, en même temps que ses avantages, les dangers du pouvoir temporel.

Le successeur de Grégoire II, Grégoire III, Syrien de naissance, chez qui le zèle et l’ambition étaient soutenus par un caractère passionné, et servis par un esprit de ruse tout oriental, poursuivit l’œuvre de l’indépendance romaine avec aussi peu de succès. D’une égale hardiesse contre scs ennemis spirituels et temporels, et vrai prince souverain déjà, il fît, en dépit des attaques de Léon l’Isaurien, excommunier tous les iconoclastes par un concile de quatre-vingttreize évêques, tenu dans l’église de saint Pierre; pendant une maladie assez grave de Luitprand, il souleva de nouveau le duché de Spolète et celui do Bénévent. Luitprand, revenu à la santé, reparut sous les murs de Rome, où ses ravages rappelèrent les premiers temps de la fureur lombarde. Grégoire III, éperdu, fit un nouvel effort pour intéresser l’Occident à sa cause; il écrivit à Charles Martel la lettre la plus pressante et la plus flatteuse pour son ambition; l’apôtre de la Germanie, Boniface, offrit de sa part au duc des Francs, le titre de patrice des Romains, mais sans pouvoir encore l’armer contre Luitprand, qui avait adopté son fils Pépin. En attendant, Grégoire III releva de ses deniers les murailles de Rome, où les Grecs fugitifs

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